Méditations sur le fumet Zemmour
Brève

Méditations sur le fumet Zemmour

Emoi général du pont de la Pentecôte :

Eric Zemmour serait viré des matinales de RTL à la rentrée. Conditionnel de rigueur: c'est un chroniqueur de L'Express, connu pour ses scoops approximatifs, qui l'affirme. Off the record, RTL dément mollement: Zemmour est là jusqu'à fin juin. On verra bien ensuite. Zemmour attaque en justice le chroniqueur approximatif. Etrange. Mais pourquoi donc, Eric Zemmour, chatouilleux défenseur de la liberté d'expression que vous êtes, ne reconnaissez-vous pas à Renaud Revel, de L'Express, le droit de dire n'importe quoi, droit dont vous bénéficiez vous-même généreusement ?

Derrière cette bagarre de titans, un constat : même une radio privée, filiale d'un groupe étranger, largement indépendante de l'Etat, se sent obligée de s'aligner sur un certain air du temps, dont le changement de majorité politique est une composante. Pourquoi RTL (si la rumeur revelienne devait être confirmée), pourquoi RTL vire-t-elle Zemmour, après Salviac ? Gardant Zemmour sous Hollande-Taubira, la station empocherait facilement, dès la rentrée, quand les nuages s'amoncelleront immanquablement sur le pouvoir, les dividendes de l'opposition courageuse, de l'insolence, du politiquement incorrect, etc. Elle rééditerait le coup de Philippe Alexandre, en 1981 (pour nos très jeunes abonnés, le Zemmour de l'époque s'appelait Philippe Alexandre, chroniqueur politique quotidien acide, qui donna, plusieurs mois durant, des boutons au nouveau pouvoir socialiste. La direction de RTL d'alors résista courageusement aux pressions du château de virer Philippe Alexandre).

Entendons-nous. RTL a parfaitement le droit de virer Zemmour. RTL est une maison privée, et Zemmour trouvera facilement des tribunes ailleurs. La question est plutôt celle-ci : Zemmour, sous Sarkozy, ne dérangeait pas RTL ; Zemmour dérange RTL sous Hollande. Ses refrains sexistes et racistes, hier encore provocations si délicieusement salutaires, si rafraichissantes sous la chape de plomb du politiquement correct antiraciste, deviennent manifestement indésirables entre les spots de pub. Le publicitaire est un petit être fragile. Un peu de buzz, un peu de scandale, entre ses annonces, ne lui déplaît pas. Mais que le fumet vire du corsé au malodorant, qu'une imperceptible frontière olfactive soit franchie, et le voilà qui s'affole. Il serait intéressant de comprendre où exactement se situe cette frontière. C'est toujours un mystère. Ce serait plus intéressant, que de se conformer à la sommation implicite de se ranger parmi les pro ou anti-Zemmour, dans ce qui promet d'être la première usine à buzz de l'ère Hollande.

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