Libération, le dopage, les petits et les gros
Le sort est cruel pour Libération. Vendredi 18 juillet, le journal dénonce le Tour (avec un T majuscule à la une) et le dopage, après l'élimination d'un des favoris. La veille, le même Libération évoquant un autre coureur, lui aussi éliminé, le présentait comme "sacrifié sur l'autel de la lutte anti-dopage". Contradictoire ?
"Comme sport, le cyclisme est mort. Comme spectacle, il court toujours, à la manière d’un poulet sans tête. Le contrôle positif de l’Italien Riccó a achevé de ruiner l’image du Tour de France. On a compris hier que, si Riccó est sorti du lot et s’il a gagné deux étapes, c’est qu’il avait un meilleur produit dopant que les autres." écrit Laurent Joffrin dans son éditorial en page 2. La Une de Libération du vendredi 18 juillet 2008 ![]() |
L'article publié jeudi commencait ainsi : "Les petits coureurs se fourrent la tête sous l’aile. Ils meurent
inconnus et vivent dans la peur de se faire coincer par les contrôles
antidopage. Ils disparaissent ensuite sous l’opprobre. La machine
médiatique lancée à plein régime branle du chef, crache et vomit le
tricheur. Surtout le petit tricheur, le sans-grade. Le gros se lime les ongles en regardant les infos."
En clair, la lutte antidopage ne s'attaque qu'au "petit" tricheur qui est vomi par "la machine médiatique" pendant que le gros tricheur, le coureur vedette, "se lime les ongles" bien à l'abri.
Libération du jeudi 17 juillet 2008
Mais le lendemain, c'est un gros, un favori qui est "vomi" par la machine médiatique, Libération compris, puisqu'il y consacre sa Une plus trois pages.
Cette fois Libération ne titre pas, comme la veille, à propos de l'italien Riccó ex-favori du tour qu'il est le troisième "sacrifié sur l'autel de la lutte antidopage".
Le hasard est cruel, car ce "gros" coureur mis au banc des accusés
le 18 juillet fait partie d'une équipe parrainée par une
marque de chaudières à gaz, que Libération célébrait joyeusement le 15
juillet en titrant étrangement, non pas sur le nom d'un des coureurs,
mais sur la marque.
Libération du 15 juillet 2008 
Si comme le dit dans son éditorial Laurent Joffrin, patron de Libé "Comme sport, le cyclisme est mort. Comme spectacle, il court toujours, à la manière d’un poulet sans tête." pourquoi Libération continue-t-il à célébrer quotidiennement ce "poulet sans tête" ce "spectacle" et ses sponsors bien mis en valeur dans les titres et les articles de Libération, avec généralement une page et demi par jour ?
Libération du mercredi 16 juillet 2008
Le quotidien consacrait le début de son article du 16 juillet à Riccardo Riccó surnommé le Cobra, avec des allusions obscures au dopage, sans que le journaliste "embarqué" dans l'armée du Tour de France (on pourrait dire "embedded" comme les journalistes invités par l'armée américaine lors de l'invasion de l'Irak) ne s'explique, laissant le lecteur sur sa faim. Il nous en dit trop ou pas assez.
"Visite de courtoisie en ce jour de repos à l’équipe du «Cobra» en son
hôtel. Riccardo Riccó, un grand grimpeur doté de dons de conteur, de
sorte qu’avec lui il est toujours possible de refaire l’histoire. ... Reste à
savoir si le Cobra lit aussi bien dans les pensées de l’AFLD (Agence
française de lutte contre le dopage). Kangourou. Le Cobra a également
des notions de physique. Plus il grimpe vite et haut et plus la
pression (médiatique, surtout) sera élevée. ... Tout va
bien dans le meilleur des mondes chez les Saunier Duval et ce n’est pas
les articles déplaisants qui jouent sur le nom du sponsor qui nuiront à
cet état de grâce."
Chacun était prié de décrypter...
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