Les journalistes Web, "esclaves consentants" ?
Brève

Les journalistes Web, "esclaves consentants" ?

Le Monde a décidé de se pencher sur "une nouvelle race de journalistes" dont internet a "accouché" : "Les forçats de l'info". "Moyenne d'âge : 30 ans. Le teint blafard des geeks, ces passionnés d'ordinateur qui passent leur temps devant l'écran".
Le Monde a décidé de se pencher sur "une nouvelle race de journalistes" dont internet a "accouché" : "Les forçats de l'info". "Moyenne d'âge : 30 ans. Le teint blafard des geeks, ces passionnés d'ordinateur qui passent leur temps devant l'écran".

Les journalistes employés par ces sites d'informations ont, indique Le Monde, "suivi le parcours obligé : stage, contrat de professionnalisation, contrats à durée déterminée (CDD), avant d'espérer un hypothétique contrat à durée indéterminée (CDI). Ils enchaînent les journées de douze heures, les permanences le week-end ou la nuit. "Au niveau social, Internet est une zone de non-droit", assène Sylvain Lapoix, journaliste au site Marianne2.fr, qui envisage de créer une association pour défendre les droits de ses collègues."

Pression pour être premier sur l'info coûte que coûte, erreurs qui en découlent, mépris de la part des journalistes du papier, contrats précaires, ... Et le stress du 24h sur 24. "Contrairement aux journalistes du papier, nous ne sommes pas bloqués par un délai de bouclage, souligne Cécile Chalençon, journaliste à 20minutes.fr. Dans l'absolu, on pourrait ne jamais s'arrêter. Nous fonctionnons sur le modèle d'une radio, en diffusant un flux d'infos en continu, mais sans avoir les mêmes moyens financiers ni les mêmes effectifs."

Des contraintes que les jeunes journalistes sont prêts à accepter, selon Johan Hufnagel, rédacteur en chef de Slate.fr : "Tout le monde a envie d'être un OS de l'info, parce que le Web offre un formidable espace de liberté pour faire des choses différentes !" Vus sous cet angle, les journées à rallonge, les veilles et les bas salaires seraient le prix à payer pour avoir le loisir d'innover.(...)Ces jeunes accros à la fois à Internet et à l'actualité se considèrent comme une catégorie à part", continue Le Monde, qui conclut : "Des esclaves, les OS du Web ? Sans doute, mais consentants pour la plupart. Et s'ils sentent peser dans leur dos les regards méprisants ou apitoyés de leurs confrères du papier, ils se consolent en se disant que l'avenir leur appartient."


L'article semble avoir fait du bruit dans les rédactions en ligne, y compris... au Monde.fr, dont la société des rédacteurs a choisi d'adjoindre un communiqué à l'article du journaliste du papier.


Lemonde.fr ne se contente pas d'apporter des précisions, mais fait aussi part de son sentiment sur la conclusion de l'article de Ternisien : "la Société des rédacteurs du Monde Interactif entend souligner que le journalisme en ligne a une spécificité reconnue et qui gagne à l'être davantage. Cette mutation du métier appelle l'ensemble de la profession à réfléchir sur son avenir, sans "regards méprisants ou apitoyés" ni "consolation.""

Un épisode de plus dans la "guerre des Mondes" ?

Mise à jour 19h15: Mettout (L'Express): "et mon cul, c'est du poulet, Xavier ?"


Cité dans l'article ("Pour certains, comme Eric Mettout, le rédacteur en chef de Lexpress.fr, ces formes de précarité ne sont pas nouvelles chez les jeunes journalistes. "Des OS de l'info, il y en a toujours eu !, lance-t-il. Ce n'est pas le Web qui les a créés. Moi aussi, j'ai fait de la brève, j'ai passé des heures le cul posé à côté du téléscripteur..."), le rédacteur en chef de Lexpress.fr Eric Mettout s'est fendu sur son blog d'une réponse peu amène envers le journaliste du Monde.

"Il aligne quelques contre-vérités - quand il écrit qu'à LEXPRESS.fr, "près de la moitié de l'effectif est constitué d'emplois précaires", alors que les CDD ne représentent qu'un quart de mon équipe. De notre longue conversation, il ne retient qu'une remarque, qu'il transforme en alibi de négrier: que "des OS de l'info, il y en a toujours eu" et que "ce n'est pas le Web qui les a créés". C'est vrai et, à cet égard, les journalistes de la presse régionale ou de certaines radios, qu'il n'a pas dû souvent fréquenter, Xavier Ternisien, n'ont rien à envier aux galériens qu'il décrit dans son papier... mais qui ne ressemblent en rien aux journalistes qui bossent avec moi!", écrit-il.

Et conclut : ""Ils sont alignés devant leur écran comme des poulets en batterie", lui aurait confié un journaliste de L'Express, le journal (sous-entendu sérieux, lui), à notre propos. De ce dernier, je ne dirais rien, sinon qu'il n'a probablement jamais mis les pieds dans la rédaction de LEXPRESS.fr autrement qu'en se bouchant le nez et sans s'arrêter, on ne sais jamais, des fois que ce soit contagieux. A Xavier Ternisien, en revanche, ce conseil d'ancien: prendre plusieurs avis plutôt qu'un seul, et si possible contradictoires, ça évite souvent de raconter des âneries."

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