Le faux Goya et la photocopieuse
Brève

Le faux Goya et la photocopieuse

L'affaire fait les délices de la presse espagnole depuis vendredi dernier : deux escrocs catalans tentant de vendre un faux Goya se sont fait rouler par plus escrocs qu'eux.


En 2003, Jaume et Joan Font, deux frères natifs de Gérone en Espagne (non loin de Barcelone), achètent un portrait de don Antonio María Esquivel peint par Goya. Ils font un premier versement de 20 000 euros sur un total de 270 000 mais ne paient pas le reste car en décembre 2006, un expert requis par le tribunal de Gérone décrète que le tableau n'est pas de la main de Goya, que le certificat d'authenticité fourni par le vendeur est un faux. La preuve avancée par l'expert est irréfutable, d'une simplicité enfantine : don Antonio María Esquivel est représenté avec la croix de Commandeur de l'Ordre d'Isabelle la Catholique qu'il reçut en 1839, soit onze ans après la mort de Goya ! Une autre preuve, qui aurait pu être également avancée, sera révélée à la fin de cet article…

Les deux frères se retrouvent donc avec un authentique faux Goya, payé 20 000 euros. « Et si on le refourguait à un cheik arabe ? se disent Jaume et Joan. En lui faisant croire qu'il s'agit d'un Goya dûment estampillé, bien sûr. D'autant plus qu'on a gardé le vrai-faux certificat d'authenticité. De toute façon, ces gars-là n'y connaissent rien en peinturlure et tout ce qui les intéresse, c'est d'accrocher sur leurs murs de la barbouille chèrement payée. » Les deux escrocs trouvent rapidement le pigeon, et l'affaire se conclut pour un montant de  4 millions d'euros.


La transaction se fait à la fin de l'année dernière à Gérone d'abord et à Turin ensuite, grâce à deux intermédiaires. Au premier ils versent une commission de 300 000 euros, qu'ils viennent d'emprunter à un ami ; le second leur remet alors 1,7 million de Francs suisses en guise d'acompte, le tableau devant être livré à réception du solde. Les deux Catalans vérifient avec une machine l'authenticité des helvètes talbins, rejoignent fissa Genève, entrent dans une banque où un employé tatillon leur affirme que non non non, les photocopies de Francs suisses ne sont pas admises dans cet établissement.

Un tantinet désappointés, Jaume et Joan se rendent alors en France où ils tentent d'écouler leur monnaie de singe. Ils se font rapidement arrêter en Avignon et en décembre par la douane qui, après interrogatoire, prévient la Brigade du Patrimoine historique de la police de Catalogne. Le faux Goya sera retrouvé au domicile de l'un des deux frères, et c'est ainsi que se termine cette rocambolesque histoire dans laquelle deux escrocs se firent plumer de 300 000 euros par plus escrocs qu'eux.


Bon, mais à part ça, qui était ce noble personnage peint par un anonyme ? Don Antonio María Esquivel (1806-1857) était un célèbre portraitiste espagnol…

Rafaela Flores Calderoón par Antonio María Esquivel

José de Espronceda par Antonio María Esquivel,
vers 1842-1846


… qui s'était notamment spécialisé dans les miniatures sur ivoire :

Portrait de Luís Miranda par Antonio María Esquivel,
aquarelle et gouache sur ivoire, 7,2 x 6 cm


Voici son autoportrait, peint en 1847 :


C'est cette toile qu'un inconnu copia, et que les deux frères achetèrent en croyant d'abord qu'il s'agissait d'un Goya :




L'occasion rêvée de lire ma chronique intitulée Faux et usage de faux chez les Grands-Bretons.



Partager cet article Commenter

 

Cet article est libre d’accès
En vous abonnant, vous contribuez
à une information sur les médias
indépendante et sans pub.

Déjà abonné.e ?

Voir aussi

Ne pas manquer

Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.