Le Canard, Sarkozy et la Drôme : info de 2009 republiée en 2011
Brève

Le Canard, Sarkozy et la Drôme : info de 2009 republiée en 2011

Journalistes écolos, faites comme Le Canard, recyclez vos articles ! La semaine dernière, on apprenait dans les colonnes du Canard enchaîné que Nicolas Sarkozy avait effectué le 3 mars "un aller-retour éclair dans la Drôme". A cette occasion, "le préfet, terrorisé, a réquisitionné 1265 gendarmes. Une vraie armée". Problème : l'info date de 2009 et avait déjà été publiée dans l'hebdomadaire, comme l'a reconnu le volatile hier. Comment expliquer cette bévue ? @si a tenté d’en savoir plus.



Vous connaissez l'histoire rocambolesque du déplacement de Sarkozy dans la Drome ? Certainement, car Le Canard enchaîné l'a racontée deux fois (comme nous l'a fait remarquer un @sinaute avisé dans nos forums). Le 3 mars 2009, en déplacement dans la Drôme, Nicolas Sarkozy avait mobilisé des moyens impressionnants : 1265 gendarmes, un hélicoptère, l'acheminement d'une rampe par convoi spécial entre Lyon et Valence pour que l'airbus présidentiel puisse atterrir sur le petit aérodrome, le blocage de l'autoroute pour le convoi de Sarkozy...

Le Canard enchaîné avait raconté ce périple dans son édition du 8 avril 2009 en citant le courrier des lecteurs de L'Essor (la revue de la gendarmerie nationale), dans lequel un gendarme dénonçait les moyens déployés pour ce déplacement : "En vingt-six ans, j'en ai fait des services de ce genre (sous Mitterrand et sous Chirac) mais jamais je n'ai vu un tel déploiement et, surtout, un tel coût !" s'exclamait-il. A l'époque, Le Point avait repris l'information mais l'affaire en était restée là.

Deux ans après, surprise ! Le Canard raconte la même anecdote dans son édition du 30 mars 2011 sous le titre "Sarko de course". Une bévue reconnue dans l'édition suivante : "Une erreur technique a fait réapparaître l'article périmé. Une fâcheuse inattention a fait le reste. Le Canard ne peut que présenter ses excuses à ses lecteurs". L'article aurait donc été republié par erreur. Sauf que les deux textes sont différents selon nos constatations :

Extrait de l'article du 8 avril 2009 : "1265 gendarmes déployés, la voie rapide Valence-Romans coupée dans les deux sens pendant trente minutes, les deux hélicos (Puma et Gazelle) mobilisés. Avec, cerise sur le képi, cette montagne de matériel qu'il a fallu acheminer de Lyon (à 127 kilomètres), l'aérodrome de Valence où atterrissait l'Airbus présidentiel n'étant pas équipé pour accueillir des zincs de cette taille : deux passerelles, un groupe électrique, un petit tracteur et un Air Starter Unit, sorte de démarreur d'avion de secours".

8 avril 2009

Extrait de l'article du 30 mars 2011 : "Le 3 mars, pour un aller-retour dans la Drôme, le préfet, terrorisé, a réquisitionné 1265 gendarmes. Une vraie armée. (...) L'Airbus présidentiel était de sortie. Et, comme à chaque fois, il a fallu acheminer une rampe par convoi exceptionnel (cette fois depuis Lyon). Faute de quoi le Président restait coincé dans son palace volant. La voie rapide Valence-Romans a été coupée dans les deux sens pendant une demi-heure pour permettre au cortège présidentiel de rouler à tomber ouvert".

30 mars 2011

Comment expliquer qu'une même information ait été publiée à deux ans d'intervalle sous deux versions différentes ? Au Canard, la direction ne fait pas de commentaire, mais à la rédaction, on assure que ces deux textes ont bien été écrits en 2009 : "On avait fait plusieurs versions. C'est un classique du genre", nous explique-t-on. Dans la première version (publiée en 2009), la revue de la gendarmerie était citée, ce qui n'était pas le cas dans la deuxième version (publiée par erreur en 2011). Pour quelles raisons ? "C'était un accord avec les gens de L'Essor. Ils nous filent des infos, donc c'était une sorte de renvoi d'ascenseur en les citant." L'Essor aurait lui-même failli republier l'info, que la revue des gendarmes avait oubliée, elle aussi ! Heureusement, entre-temps, Le Canard a reçu un courrier du préfet de la Drôme, "agacé qu'on écrive qu'il était terrorisé". Voilà comment l'hebdomadaire a pris conscience de son erreur.

Si le mystère des deux versions est donc résolu, reste une énigme : comment un brouillon de 2009 a-t-il pu atterrir (sans rampe de secours) dans un numéro de 2011 ? Sur ce point précis, on n'en saura pas plus.

Dans sa chronique de cette semaine, Didier Porte aussi s'était fait avoir par Le Canard en reprenant l'anecdote de la Drôme.

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