lâche veau chez des vaches qui rient
Brève

lâche veau chez des vaches qui rient

À lire en musique.

Un article paru dans le Direct Matin de ce jour nous rappelle que La Vache qui rit fut créée le 16 avril 1921.

Mais pourquoi La Vache qui rit rit ? Vaste question, dont voici la réponse.

Au tout début est un dessinateur, Benjamin Rabier. Lequel était célèbre bien avant ses aventures fromagères grâce à ses dessins publiés dans des journaux tels que Le Rire et L'Assiette au beurre, et grâce à ses illustrations pour Les Fables de La Fontaine.

Les Fables de La Fontaine par Benjamin Rabier, 1e et 2e parties, 1906
(avec déjà, une vache souriante en couverture du premier tome)

Le plus grand succès de Rabier sera cependant le canard Gédéon qui naquit en 1923 et sera l'un des jalons de la bande dessinée moderne (rappelons à cette occasion que le nom de Tintin fut inspiré à Hergé par le tout premier album pour enfants de Rabier qui s'intitulait Tintin Lutin ; il parut en 1897).

Mais revenons en arrière, à notre vache. En 1915, le ministère des armées lance un concours pour la création de l'emblème du régiment de ravitaillement en viande fraîche (RVF). C'est Rabier qui décroche la timbale en inventant La Wachkyrie, allusion aux Walkyries teutonnes mises en musique par Wagner :

Plus tard, en 1919, paraît une partition musicale reprenant le dessin et le titre de Rabier :

Les camemberts St-Hubert, en Lorraine, rachètent ce dessin en février 1921 :

Deux mois plus tard, le 16 avril, Léon Bel (qui avait fait, dit-on, partie du régiment de ravitaillement en viande fraîche) demande à Rabier de lui dessiner une vache. Ce sera celle-ci, différente de la Wachkyrie revendue au camembert St-Hubert. Mais le nom, inventé par Rabier (ou né dans les tranchées), est bien là :

Très vite, la vache de Rabier se retrouve teintée en rouge :

En 1923, Léon Bel lui demande une nouvelle vache. L'illustrateur s'exécute, l'imprimeur Vercasson la teinte en rouge comme la vache précédente, y ajoute les fameuses boucles d'oreilles…

… et en profite pour déposer le dessin à son nom sous l'appellation "vache rouge" ! Bel fera un procès à l'imprimeur et le perdra, devra payer des dommages et intérêts pour continuer d'utiliser la vache inventée par Rabier…

Le concept de La Vache qui rit a été abondamment copié. Par la fromagerie de Léon Bel elle-même, qui mit sur le marché en 1932 un fromage baptisé La Vache heureuse (le dessin est signé Rabier, bien sûr) :

Il existe un autre fromage utilisant un dessin de Rabier, La Vache du Jura aussi connue sous le nom de Vache à lunettes. Fabriqué à Lons-Le-Saulnier comme La Vache qui rit, il est probable que cette pâte à tartiner fut également l'oeuvre des fromageries Bel :

Tout cela n'empêchera pas les fromagers de France et de Navarre de pomper la Vache, la seule l'unique la vraie. Florilège.

Celle-ci reprend le principe de la mise en abîme :

Celle-là aussi, d'une certaine manière :

Cette autre se marre franchement :

Cette autre encore affiche une vache souriante et emprunte son nom, Milka, à la marque de chocolat suisse dont le nom fut déposé en 1901 :

Parmi ces quatre vachettes on remarquera la première, bien rouge, qui ne rit pas, non. Elle sourit. Nuance. La deuxième, quant à elle, arbore de superbes boucles d'oreilles :


Reste une interrogation en suspens : pourquoi ce Vite dit est-il titré Lâche veau chez des vaches qui rient ? Pour le plaisir de faire un jeu de mots uniquement compréhensible par l'élite wagnérienne de ce site ? Que nenni ! Nous ne mangeons pas de ce fromage-là. En 1928, Benjamin Rabier dessina pour un certain Monsieur Année, fromager à Neuvy-Pailloux dans l'Indre, un veau qui pleure :

Lâche veau chez des vaches qui rient…
(La chevauchée des Walkyries)


Liens

Un site consacré à l'oeuvre de Benjamin Rabier.
Un site sur les étiquettes de boîtes à fromage.
Un autre site sur les étiquettes de boîtes à fromage (plus joli).


L'occasion de lire deux de mes anciennes chroniques ! La première, intitulée Veau, vache, cochon, couvée... ou la branchitude agricole selon la FNSEA ; et la seconde, intitulée Les animaux de la ferme.

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