La maire de Montauban et "son" journaliste
Brève

La maire de Montauban et "son" journaliste

Un employé de mairie payé pour écrire des articles dans la presse locale sous un pseudonyme ? C'est la dernière "astuce" de la maire UMP de Montauban, Brigitte Barèges. C'est ce qui ressort d'

une enquête de Mediapart sur le chargé de communication de la maire, Jean-Paul Fourment. Fourment, lui-même, a lancé l'alerte après avoir été contraint à la démission pour divergences politiques. Il accuse la maire de l'avoir rémunéré, "aux frais de la collectivité" pour écrire dans deux journaux locaux des articles "pro-Barèges" et anti-opposition. Saisie par deux élus socialistes, la procureure de la République de Montauban a ouvert une enquête.

Détournement de fonds publics ? C'est, en creux, l'accusation contre la maire de Montauban, Brigitte Barèges que vient de porter un ex collaborateur : Jean-Paul Fourment. En décembre, ce dernier a reçu, suite à un désaccord politique, une convocation pour un entretien préalable en vue d'une sanction. Contraint de démissionner le 10 février dernier, il a décidé de parler : "depuis septembre 2012, j'ai fait quasi uniquement des articles politiques nationaux et locaux qui passent dans le journal local", rapporte Fourment à Mediapart. Pire encore, Fourment affirme avoir été rémunéré "aux frais de la collectivité" - environ 3000 euros brut par mois -, dans le seul but d'écrire dans Le Petit Journal, mais aussi L’Insolent de Montauban. Le tout sous pseudonymes, évidemment. Selon Fourment, Barèges aurait, par son intermédiaire "mis en place un système de communication pro-Barèges" pour contrer l'opposition, entre septembre 2012 et décembre 2013.

Brigitte Barèges, le chargé de com devenue journaliste

Encore plus fort: En véritable rédactrice en chef, Brigitte Barèges commande, impose et corrige les articles au chargé de communication devenu journaliste à plein temps. La Dépêche du Midi s'est procuré les mails:

Brigitte Barèges

Brigitte Barèges

Certains mails mettent même dans la boucle Le Petit Journal, par l'intermédiaire de l'adresse mail de Laurent Paga, fils d'Alain Paga, le propriétaire du journal, complétant ainsi ce trio de petits arrangements :


Brigitte Barèges


"
Si le journaliste accepte d'être amendé, c'est son problème", a précisé Thierry Deville, l'attaché de presse de campagne de la maire sortante, à Mediapart.. Interrogé par Mediapart, Alain Paga, le propriétaire du Petit Journal, ne voit pas le problème: "Fourment travaille à la com de la mairie, il faisait des articles, on les prenait ou non, on était contents, il était payé par la mairie". Il faut dire que la mairie aurait acheté le samedi jusqu'à "2000 exemplaires" du Petit Journal et que ces numéros étaient "distribués gratuitement sur le marché de la ville" . De plus, le titre de presse aurait été "subventionné abondamment", confie Fourment à Mediapart. Le communicant-journaliste donc, décrit "une stratégie organisée et structurée" élaboré afin de mettre en échec le quotidien La Dépêche du Midi de Jean-Michel Baylet, le président du PRG avec lequel Barèges est en guerre.

La députée PS Valérie Rabault et le conseiller général et municipal (PS) Claude Mouchard ont alerté la procureure de Montauban, Alix-Marie Cabot-Chaumeton par l'intermédiaire d'une "lettre et d'un dossier" suite aux révélations de Jean-Paul Fourment. La procureure de la République a décidé d'ouvrir une enquête "susceptible de revêtir la qualification pénale de détournement de fonds publics", à l'encontre de la présidente de la fédération UMP du Tarn-et-Garonne et membre de la Droite populaire. Ce lundi, Brigitte Barèges a réagi en organisant une conférence de presse spéciale, en présence d'une partie de ses élus et colistiers pour nier tout "détournement de fonds public".

Par Antoine Boyet

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