La bouillie Morano, l'intégrale
Brève Vidéo

La bouillie Morano, l'intégrale

Voilà donc, comme promis, la vidéo Morano, en tournée à Charmes, mise en ligne par la ministre elle-même.

Vous avez suivi le premier épisode ? "Moi, ce que je veux d'un jeune musulman, quand il est français, c'est qu'il aime son pays, c'est qu'il trouve un travail, c'est qu'il ne parle pas le verlan, qu'il ne mette pas sa casquette à l'envers" avait lancé Morano, selon Vosges Matin, dans un débat à Charmes (Vosges) sur l'identité nationale. Tollé de la gauche. Demandes de démission. Vives protestations de Morano : ces phrases ont été "sorties de leur contexte". Et de demander, mercredi matin, sur Europe 1, "des excuses à l'AFP".

En quoi le "contexte", ainsi révélé aux matinautes, atténue-t-il le sens des phrases de Morano ? En ceci : dans les minutes qui précèdent le sketch "verlan casquette", l'oratrice rappelle dans quelles conditions inhumaines la première génération d'immigrés est arrivée en France. Elle commence par reconnaître, pour partie, la responsabilité de la France dans la constitution des "quartiers sensibles". Comment serait-elle soupçonnable de quoi que ce soit, elle qui a été vice-présidente du groupe parlementaire d'amitié France-Tchad ? Entre les deux camps supposés, elle se place ainsi en surplomb. Donc, l'ami Birenbaum ne sait plus que penser : dérapage, ou emballement ? Donc, l'humoriste lacrymal Guy Carlier, rassuré sur l'humanité de son amie Morano, pousse un long sanglot sur Europe 1 : assez, assez, assez de petites phrases sorties de leur contexte !

Pourtant, j'ai beau écouter et ré-écouter, je ne vois pas en quoi l'intégrale dédouane Morano. Après cette reconnaissance de torts, avec de multiples circonlocutions, elle tente de rallier son jeune questionneur, manifestement fan de Charles Martel, et exégète averti des "petites phases" du premier ministre turc Erdogan. C'est un festival d'oxymores. Ah, ce : "ils sont troublés, de ne pas aimer la France !" Depuis bien longtemps, la beauferie raciste s'est dépouillée de toute agression verbale directe à l'égard des immigrés. Elle se pare des atours de la victime offensée. Elle ne demande rien d'autre que le respect. D'ailleurs, dans les quatre exigences formulées par Morano à l'égard "du jeune musulman" (amour, travail, verlan, casquette), c'est la deuxième la plus surprenante. "Ce que je veux, c'est qu'il trouve un travail" : dans une première lecture, disons "carlieriste", cette phrase peut apparaître irréprochable. Morano souhaite l'insertion sociale du "jeune musulman". Mais en la rapprochant des deux exigences suivantes, on comprend que dans la représentation moranesque (peut-être inconsciente) du monde, si le jeune musulman ne trouve pas de travail, ce n'est pas à cause du chômage. Non. C'est à cause du verlan, et de la casquette. Morano n'est pas raciste. Elle a de la bouillie dans la tête, et elle est en celà parfaitement à l'image du grandébat, ce grand concours national de la plus belle bouillie.

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