Krautreporter, le site allemand qui fait payer les commentaires
Brève

Krautreporter, le site allemand qui fait payer les commentaires

Zéro publicité, articles gratuits, commentaires payants. C'est le modèle économique du site d'information allemand Krautreporter, lancé en octobre 2014 après une vaste opération de crowdfunding. Un nouveau média qui se vend comme un site d'investigation loin des "idéologies politiques" et qui respecte les "standards de qualité journalistiques".

Page d'accueil du site allemand Krautreporter

Un "Krautreporter", en allemand, c’est un journaliste assez peu professionnel, qui traite mal de l’actualité ou se concentre sur des informations régionales sans importance. Ils ne manquent donc pas d’humour, ces journalistes allemands, qui ont lancé le 13 mai 2014 une opération de crowdfunding pour financer leur nouveau site d’information… appelé justement Krautreporter. L’objectif était de convaincre 15 000 personnes de financer le projet à hauteur de 60 € par personne, pour un montant total de 900 000 euros. Depuis, le site a officiellement été lancé le 24 octobre 2014 avec plus de 17 500 abonnés.

"Prendre son temps pour expérimenter

"

Mais Krautreporter, c’est quoi ? Les trois fondateurs, Sebastian Esser, Alexander von Streit et Philippe Schwörbel veulent "sauver le journalisme en ligne". Le site se définit comme une "communauté" faite d’auteurs et de lecteurs qui échangent et contribuent à construire un journalisme en ligne de qualité. Krautreporter se pose en opposition avec les médias "pour qui les clics sont plus importants que les histoires", et regrette que "le journalisme de boulevard se répande aussi dans les médias en ligne sérieux". Loin des "idéologies politiques", les journalistes veulent "prendre leur temps pour faire des recherches, expérimenter, discuter", mener un journalisme d'investigation, donc.

Leurs articles sont généralement longs, les sujets variés : les rappeurs allemands et leur rapport à l’homosexualité ; le site de journalisme citoyen Bellingcat qui s’intéresse à la propagande russe et ukrainienne (bien connu des @sinautes) ; les syndicats de police allemands, etc. Pour le moment, aucun scoop majeur à la Mediapart.

Des grands noms du journalisme allemand

Krautreporter a réussi à recruter des grands noms du journalisme allemand, comme le journaliste média Stefan Niggemeier, qu’@si vous a présenté, Thomas Wiegold, qui a écrit entre autres pour l’hebdomadaire Die Zeit et l'édition allemande du magazine Wired, une collaboratrice de longue date de la Frankfurter Allgemeine Zeitung Andrea Hünniger et Richard Gutjahr, qui s’était fait connaître en Allemagne grâce à un reportage de 2011 sur le Caire.

Le modèle du site leur vient d’un média en ligne néerlandais, De Correspondent, lancé en septembre 2013. Un petit tour sur leur page d’accueil nous montre d’ailleurs les similitudes. De Correspondent se veut en effet "une plateforme qui se concentre sur du journalisme d’investigation, d’analyse et de contextualisation".

Le site néerlandais De Correspondent

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Payer pour commenter ? C’est le pari des fondateurs de Krautreporter, qui refusent toute forme de publicité. Le site propose un abonnement à 5 € par mois qui engage obligatoirement à l’année, ce qui revient à payer 60€ sur douze mois. Cet abonnement est reconductible automatiquement chaque année. En échange, le lecteur peut, entre autres, voir les commentaires et en poster. Un système qui rappelle celui lancé par le magazine en ligne Tablet Mag, qui avait décidé début février de rendre ses commentaires payants.

En s’abonnant pour un an, les lecteurs ont également la possibilité "d’assister gratuitement à des manifestations organisées par Krautreporter", de "faire partie de l’équipe" en partageant avec les journalistes leur "expertise", de "télécharger les articles sous format d’E-Books et écouter une sélection d’articles en version audio".

Ce système d’abonnement va-t-il survivre au-delà d'un an ? Le site n’a pas encore communiqué de chiffres exacts, mais parle de plus de 18 000 abonnés. D’après les résultats d’un sondage de Krautreporter publié le 16 février dernier par le site allemand Meedia, près de 20% des abonnés, ne sont cependant pas prêts à renouveler leur abonnement annuel, et 29% hésitent. Ces pertes d’abonnements pourraient mettre en danger la pérennité du site.

(Par Juliette Gramaglia)

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