Jeune rom lynché : "tensions dans le sous-prolétariat français" (NYT)
Brève

Jeune rom lynché : "tensions dans le sous-prolétariat français" (NYT)

Ceux qui sont dans la misère s'en prennent aux désespérés estime le New York Times. Le quotidien américain a envoyé deux journalistes à Pierrefite (93) où un jeune Rom, accusé de vol, a été tabassé par, semble-t-il,des habitants de la cité voisine du camp de fortune où il résidait. Le NY Times note que si Hollande a condamné l'agression, les destructions de camps de Roms ordonnées par le gouvernement socialiste auraient légitimé l'atmosphère d'hostilité dont ils font l'objet. Par ailleurs la tribune du sociologue Eric Fassin évoquant dans Libération un crime raciste s'est vue contredite par la direction de la rédaction. Fassin rebondit aujourd'hui.

Gheorghe, 17 ans, surnommé Darius, citoyen roumain, a été tabassé et laissé inconscient par une vingtaine de jeunes gens selon le procureur rappelle le NY Times sous le titre "Le lynchage d'un adolescent Rom illustre les tensions dans le sous-prolétariat en France"

Mais deux semaines après l'attaque, alors que Darius est dans le coma, personne n'a été arrêté pour cette brutalité criminelle qui a choqué la France, remarque le quotidien. Il s'agirait d'une mesure de rétorsion à la suite d'un cambriolage.

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Aux portes de Paris, "ceux qui sont dans la misère s'en prennent aux désespérés" ajoute le NY Times . Dans les jours qui ont suivi l'arrivée des Roms des bijoux, TV, ou matériel HiFI auraient disparu, assurent les habitants de la cité. Mais le quotidien souligne que personne n'a appelé la police, ce qui illustre la méfiance commune des Roms et des habitants face aux forces de l'ordre.

Le journal ajoute que lorsque la grand mère de Darius a tenté de s'interposer, elle a aussi été frappée. Il aurait ensuite été emmené dans la cité, d'où ses ravisseurs auraient téléphoné à la famille pour demander une rançon. Celle-ci aurait proposé de rendre les bijoux que Darius aurait volés. Mais finalement il a été laissé pour mort dans un caddy.

Le NY Times évoque la condamnation du lynchage par Hollande, mais note que le "gouvernement socialiste a accéléré la destruction de camps Rom, et certains critiques considèrent que cela a légitimé l'atmosphère de haine contre les Roms aussi alimentée par l'extrême-droite" d'autant plus le Premier ministre, Manuel Valls, avait déclaré "l'année dernière que seule une minorité de Roms était susceptible de s'intégrer, suggérant qu'ils devaient quitter le pays".

Selon le quotidien américain, Darius se serait échappé d'un hopital psychiatrique roumain, et comme la majorité des enfants Rom il n'était pas scolarisé en France. L'article se termine sur l'évocation du taux de chômage dans la ville de Pierrefite (plus de 30%) et sur le fait qu'un tiers des habitants qui y vivent seraient nés hors de France.

Polémique dans Libération

Dans une tribune publiée par Libération, le sociologue Eric Fassin évoquait hier des mobiles racistes à propos de ce lynchage, le comparant avec l'affaire Ilan Halimi, enlevé et assassiné par le "gang des barbares" en 2006, et soulignant que le mot racisme n'était pas employé en France, y compris dans la presse. Cela n'a pas pas plu à Eric Decouty, directeur adjoint de la rédaction de Libération qui lui a répondu dans la même page.

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Dans Libération, Fassin rappellait que Hollande ne qualifie pas l’agression de «crime raciste» dans son communiqué "comme dans les déclarations du ministre de l’Intérieur et du Premier ministre, le même jour, le mot «Rom» n’apparaît jamais, non plus que la nationalité de la victime ; il n’est question que d’un«jeune adolescent»." avant de souligner que "la presse étrangère n’a pas ces pudeurs. En Suisse, le Matin titre sans ambiguïté : «Son seul tort ? Etre rom»"

Fassin ajoute : "occulter le racisme du lynchage, c’est renoncer à chercher, au-delà des coupables, les responsables. Autrement dit, c’est dénier la responsabilité des politiques dans la montée de la romaphobie" avant de constater que "la comparaison avec l’affaire Ilan Halimi est refoulée en France"

Piqué au vif, semble-t-il, Eric Decouty, directeur adjoint de la rédaction de Libération, répond dans la même page : "Asséner comme le fait Fassin (en se réfugiant derrière la presse étrangère dont on se demande bien pourquoi elle serait mieux informée que les médias français…) qu’il s’agit d’un crime raciste ne repose, à ce jour, sur aucun fait avéré. Et c’est faire injure à Libération, qui suit avec la plus grande attention cette histoire depuis sa révélation, de laisser croire que nous aurions passé sous silence une telle ignominie."

Decouty conclut "La réalité du terrain contredit bien souvent les démonstrations idéologiques et, n’en déplaise à Eric Fassin, en l’état de ce que les journalistes ou les sociologues peuvent savoir du dossier du jeune Rom, l’affaire Darius n’a rien à voir avec l’affaire Ilan Halimi. La dénonciation du racisme anti-Roms mérite mieux que de rapides amalgames."

Réponse de Fassin aujourd'hui, sur le site de Libération : "À l’en croire, envisager l’hypothèse d’un crime raciste, ce serait donc «faire injure à Libération», en laissant «croire que nous aurions passé sous silence une telle ignominie.» Voilà qui explique sans doute l’intervention inhabituelle d’un directeur adjoint de la rédaction en réponse à une tribune publiée dans son quotidien."

Par ailleurs, sur son compte Twitter, Fassin souligne le changement de version du témoignage d'un voisin roumain qui déclare maintenant au New York Times: "pas un crime raciste: ce Darius était le voleur n°1 en Roumanie. Il vient ici, il vole, et donne une mauvaise image du reste d'entre nous".

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