Grexit : la stratégie (avortée) de Varoufakis
Brève

Grexit : la stratégie (avortée) de Varoufakis

La menace du Grexit – sortie de la Grèce de la zone euro – n’était pas l’apanage des seuls créanciers de la Grèce : dans une interview donnée au magazine britannique New Statesman peu avant l’accord signé par Alexis Tspiras le 13 juillet, l’ancien ministre des finances Yanis Varoufakis explique qu’il optait pour une stratégie agressive, à savoir annoncer la création d’une nouvelle monnaie et la prise du contrôle de la banque de Grèce histoire de peser dans les négociations. Une stratégie écartée par Tsipras.

Parmi les bizarreries surgies durant les négociations entre la Grèce et les institutions européennes, on a pu découvrir la proposition du ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble : un Grexit temporaire de cinq ans. Si l’idée n’a pas été retenue – voire pas discutée du tout selon certaines sources – la menace d’une sortie de la Grèce de la zone euro a pesé tout au long des discussions sur le premier ministre Alexis Tsipras. Qui ne voulait surtout pas parler de Grexit... à la différence de son ancien ministre des finances Yanis Varoufakis.

Dans une interview accordée au magazine britannique New Statesman peu avant l’accord signé par Tspiras le 13 juillet dernier – et traduite sur un blog de Mediapart – Varoufakis explique la stratégie qu’il avait préconisée pour peser face aux créanciers : si ces derniers et notamment la BCE menaçaient de fermer les banques grecques – ce que Varoufakis considérait comme "un mouvement agressif d'un pouvoir incroyable" – alors il proposait de "répondre agressivement mais sans dépasser les points de non-retour". Comment ? En annonçant la création d'une propre monnaie, une réduction des obligations liées aux accords de 2012 et un contrôle de la Banque de Grèce. Néanmoins, reconnaît-il, "si nous nous arrangions pour [...] réaliser proprement un Grexit, il serait possible d'avoir une alternative. Mais je ne suis pas certain que nous le dirigerions, car diriger le collapse d'une union monétaire demande une grande expertise, et je ne suis pas certain qu'en Grèce nous puissions le faire sans aide extérieure."

Cette stratégie de l’agressivité n'a pourtant pas été adoptée par Tsipras, "le premier ministre acceptant la promesse que quoi qu'il arrive, quoi que l'autre partie fasse, nous ne répondrions pas en des termes de défi" regrette Varoufakis. "Et cela signifie essentiellement que vous cessez de négocier". Pour autant, l’ancien ministre des finances assure qu’il ne serait pas choqué si Tsipras acceptait un mauvais accord : "parce que je peux comprendre qu'il se sente une obligation envers le peuple qui le soutient, nous soutient, ne laissons pas ce pays devenir un état en déroute". C’est exactement la défense soutenue par le premier ministre hier soir à la télévision publique ERT : ce dernier a déclaré "assumer la responsabilité pour un texte auquel je ne crois pas mais je le signe pour éviter tout désastre au pays".

A la télé toujours, si Tsipras a reconnu que Varoufakis était "très bon économiste", il a considéré son ancien ministre comme "pas forcément un bon homme politique". Même reproche formulé par Michel Sapin. Sur RMC, le ministre des finances français a assuré : "il a de la gueule, mais il n'est pas forcément un fin politique, ce Yanis Varoufakis". Avant de pointer de son ex-homologue : "si les négociations s'étaient nouées de manière plus positive, plus confiante, dès le mois de mars ou dès le mois d'avril, je pense que ça n'aurait pas été aussi brutal pour la Grèce".

Ce tacle est en fait une réponse : dans l’interview de New Statesman, Varoufakis raconte que "seul le ministre des finances français a émis quelques sons différents de la ligne allemande, et ces sons étaient très subtils. Il a utilisé un très judicieux langage, pour ne pas sembler s'opposer". Puis ajoute, assassin : "quand le Dr Schäuble répondait et déterminait la ligne officielle, le ministre des finances français s'inclinait toujours à la fin et acceptait". Une révélation que visiblement Sapin n’a pas appréciée.

>> L’occasion de voir ou revoir notre émission "Grexit : en théorie, je suis pour. Mais j'ai peur de ce chaos-là".

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