DSK "soutenu par les juifs" (Sud Radio)
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DSK "soutenu par les juifs" (Sud Radio)

Sud radio, radio toulousaine qui émet depuis le 10 août à Paris, voulait "rompre avec le politiquement correct", comme nous le relations ici. Si elle souhaitait créer le buzz, la radio est en train de réussir au-delà de toutes ses espérances. Après que plusieurs auditeurs, encouragés par un animateur, ont estimé à l'antenne que DSK était "soutenu par les Juifs", le CSA envisage d'éventuelles sanctions, affirme Le Monde.fr.

L'épisode est en deux temps. Lundi 22 août, lors de sa nouvelle émission matinale "Ménard en liberté", l'animateur Robert Ménard - pourtant connu pour quelques dérapages - interrompt un auditeur qui, en direct à l'antenne, soutient que Dominique Strauss-Kahn serait "soutenu par ses copains juifs". "On étale les richesses de ces juifs qui veulent dominer le monde", ajoute l'auditeur . Et Ménard lui répond : "Non, je ne peux pas vous laisser parler, ce n'est pas parce qu'il est juif que cela a à voir quelque chose ".

L'affaire rebondit l'après-midi, dans l'émission d'Eric Mazet, qui anime "Liberté de parole", de 16 heures à 18 heures, avec le journaliste Michel Cardoze. Le thème de l'émission devait être "DSK est-il un homme respectable ?", mais elle devient vite : "DSK est-il soutenu par un lobby juif ?". Mazet reprend les propos de l'auditeur du matin...

...qu'il juge " très forts". Moment de radio à écouter intégralement. picto

Et d'inviter, avec véhémence et sans aucune distance, les auditeurs à appeler la radio pour exprimer leur point de vue.

Son co-équipier, Cardoze, n'est visiblement pas d'accord avec Mazet. Ancien journaliste à L'Humanité, France Inter et TF1, il tente tout au long de la séquence de recadrer le débat. "C'est une phrase horrible, insupportable (…). On a tout les stéréotypes du vieil antisémitisme, qui font relier la fortume, le pouvoir et le sexe. (...) Il est de notre responsabilité, sur les antennes, de se poser en garde-fou contre de telles dérives qui sont proprement délirantes", dit-il. Mais Mazet, qui tente de le couper régulièrement, insiste : "On ne peut pas dire aux auditeurs “vous pouvez tout dire” et les sanctionner après à l'antenne (…). Moi j'ai envie de les entendre (...) Tous les avis sont les bienvenus. (...) Disons-nous les vrais mots, les vrais mots!" martèle-t-il. Mazet prend une auditrice : "Je ne suis pas antisémite, assure-t-elle, mais oui, je pense qu'il est soutenu par les juifs!" Et d'ajouter : son avocat est quand même allé en Israël immédiatement, peut-être pour prendre des bains de mer ?". (Ce voyage en Israël a été expliqué : Brafman y était parti pour "obligations familiales", NdR).

Cardoze s'indigne : "Je commence à avoir la nausée", et tente la pédagogie : "La France a une histoire, il faut faire très attention au maniement des mots (...) au maniement de certains concepts, comme celui du lobby juif (...) on ne peut pas l'utiliser de manière innoncente". Mazet : "Ça veut dire qu'il ne faut rien dire et enfouir tout ça ? Le lobby juif n'existe pas ?". Cardoze : "Je dis que ca n'existe pas". Et Mazet : "Vous dites parce que vous n'avez pas envie de le dire".

Selon Le Monde, cet après-midi-là, plus de cent appels ont été reçus à la station pour s'exprimer sur la question posée. Jeudi 25 août, l'auditeur qui avait "lancé" le débat chez Robert Ménard est repris à l'antenne par l'ancien président de Reporters sans frontières.

A la direction de Sud Radio, on refuse de parler de "dérapage antisémite". "Nous sommes choqués par cette accusation", assure Mathieu Quétel, son directeur général, selon Le Monde. Tout au plus parle-t-on de "maladresse" : "il y a eu une maladresse de la part d'Eric Mazet, qui a défendu DSK tout au long de l'émission. Nous avons d'ailleurs pris des mesures avec la rédaction en chef de l'émission, qui sera désormais présente dans le studio, pour que ce genre de choses ne se reproduisent plus". De son côté, Mazet reconnaît "avoir été maladroit sur la forme" mais se défend de tout antisémitisme.

Mais le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), n'est pas du même avis. "Le dossier est au-dessus de la pile", affirme au Monde Rachid Arhab, président du groupe de travail sur la déontologie des contenus audiovisuels. "Nous allons étudier le dossier, puis il sera examiné en séance plénière pour voir les suites à donner à cette affaire et les sanctions éventuelles."

La veille de ces dérapages, le 21 août, le blogueur Jean Robin, embauché comme assistant de Ménard, avait démissionné de la radio. Il s'en explique sur son blog : "les sujets abordés, et la manière de les aborder, ne sont pas conformes à la conception que je me fais de l'esprit critique, de la liberté d'expression et de l'information utile pour un citoyen en démocratie". Quant à l'émission de Mazet : "même si on est pour la liberté d’expression, comme je le suis, on est pour le moins mal à l’aise à l’écoute de ces extraits d’émission, et on se dit que les animateurs de la radio confondent liberté d’expression et légalité. Les lois antiracistes sont critiquables, mais qu’une radio nationale choisisse, dès son lancement, d’inciter des antisémites à appeler à l’antenne (“Si vous pensez que DSK est soutenu par les juifs, appelez au 36 28″), et avec une telle insistance (je crois qu’Eric Mazet l’a dit 4 fois de suite), ça laisse perplexe, et le mot est faible". Le journaliste a mis en ligne sur son blog des extraits de l'émission.


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