DSK : onde de choc dans les hebdos (Obs, Marianne)
Brève

DSK : onde de choc dans les hebdos (Obs, Marianne)

Etes-vous plutôt sensible à la-chute-de-DSK ou à la-femme-de-chambre-qui-accuse ? A gauche, les premières réactions avaient complètement négligé la femme de chambre, au point que Laurent Joffrin, directeur du Nouvel Obs, avait légèrement surjoué son indignation face à Robert Badinter sur France 2. Le directeur de l'Obs avait ainsi souligné la différence de traitement entre un DSK-innocent et une plaignante qui n'avait pas le droit à la même compassion.
Une semaine après, le débat se poursuit... dans Le Nouvel Obs. Le co-fondateur de l'hebdomadaire, Jean Daniel, au nombre des accusés d'avoir oublié la plaignante, justifie cet oubli avec un certain relativisme. Quelques pages plus loin, Laurent Joffrin, directeur de la rédaction, dénonce à nouveau ceux qui auraient tendance à oublier la femme de chambre.

Quant à Jean-François Kahn, fondateur de Marianne, il annonce cesser le journalisme, en mettant en cause le système des petites phrases.

Pourquoi Jean Daniel n'a-t-il pas eu quelques mots en faveur de la plaignante dans son premier édito sur l'affaire ? "On avait le sentiment que le châtiment précédait le jugement mais que, d'une certaine manière, justice était ainsi rendue à cette malheureuse femme de chambre puisque l'on on ne voyait pas son visage, que son nom devait rester secret, qu'elle était ultra protégée et serait efficacement défendue, explique-t-il cette semaine. En fait, ceux - y compris certains de mes amis - qui ont protesté contre une indifférence supposée au sort de la plaignante se sont trompés de timing. C'est à partir de maintenant qu'il faut se mobiliser en sa faveur, car c'est contre elle que vont se mobiliser les avocats de DSK pour tenter par tous les moyens d'invalider son témoignage".

Cela n'a pas empêché Jean Daniel de commencer son édito en justifiant la différence de traitement entre les deux protagonistes de l'affaire : "la chute d'un chêne" fait "plus de vacarme que le bris du roseau qu'il écrase", a-t-il expliqué. La première réaction consistant à négliger la femme de chambre serait donc naturelle...

Le relativisme de Daniel contraste avec l'indignation de Laurent Joffrin, qui en remet une couche dans son édito : "Quelle faute politique que de laisser accréditer l'idée qu'une solidarité automatique lie les membres d'un parti, d'un milieu ou d'une classe, solidarité qui conduit à minimiser - parfois dans des termes archaïques et déplacés le viol éventuel. On a donné ainsi l'impression d'absoudre le prévenu quoi qu'il ait fait et de déplorer qu'un homme si puissant puisse être accusé par une femme qui l'est si peu. Cette défense se retourne contre celui qu'on veut défendre". Joffrin s'en prend aux "amis de DSK". En incluant Jean Daniel ?


Marianne: Kahn contre le système des "petites phrases"

Après l'annonce de l'arrêt de sa collaboration à Marianne, Jean-François Kahn réplique dans une tribune publiée dans Le Monde datée vendredi 27 mai contre ceux qui ont voulu réduire ses propos sur l'affaire DSK à son expression "troussage de domestique".

Jean-François Kahn déplore que l'on n'ait retenu que cette expression prononcée sur France Culture le lundi 16 mai car il en a relevé une autre, prononcée le même jour, où il exprimait l'idée exactement inverse : "Je ne peux pas parler de présomption d'innocence, avait-il déclaré, parce que cela suppose la présomption de la culpabilité de la victime". Et Kahn de s'expliquer aujourd'hui dans une tribune au Monde : "J'eusse évidemment préféré qu'on retînt cette expression-là, adéquate à l'ensemble de mon propos, plutôt que les deux mots qui lui étaient attentatoires. L'idée que, pour défendre l'honneur de DSK, il faille absolument chercher à salir la victime m'est, en effet, insupportable. Mais enfin... Ce sont ces deux mots, "troussage de domestique", qui m'ont explosé en pleine figure".

Face à la polémique, il dit avoir reconnu sa faute mais cela n'a pas suffit visiblement, puisqu'il met un terme à son "bloc-notes" hebdomadaire dans Marianne. Pour Kahn, il est victime de la "terreur réductionniste" : "Je n'ai cessé de dénoncer la chasse obsessionnelle aux petites phrases, aux "dérapages" comme on dit, qui réduit des attitudes, des opinions, des pensées, des positions, des interrogations à deux mots de travers (...) Alors, aux interpellateurs, je pose cette question : tiraillé entre une amitié et une indignation, bouleversé par une révélation qui vous est insupportable, vous prononcez ces deux mots inadmissibles, mais qui vont à l'encontre de tout le reste de vos propos. Vous les répudiez avec consternation aussitôt qu'ils vous reviennent, et cela n'a aucune importance, et tout ce qu'on a pu dire, avec sa raison et ses tripes, toutes les preuves qu'on a données de l'exécration que l'on porte au type de rapports sociaux qui débouchent sur de tels comportements, est occulté, écrasé par ces deux mots ! Puisqu'on parle de "dérapage", doit-on accepter cette dérive-là ? Cette espèce de terreur réductionniste-là ?"

Et Kahn de conclure, à destination des féministes qui l'ont accablé : "La réduction, dans un contexte où l'étouffement de toute complexité intime serait aussi une lâcheté, de l'ensemble d'une pensée à deux mots qui ont été retirés, mais que l'on matraque pour tuer une contradiction, vous approuvez cela ? Un combat de cinquante ans jeté aux oubliettes pour deux mots aussitôt répudiés, vous approuvez cela ? (...) Si vous approuvez, eh bien j'en tirerai les leçons. Car, moi, je ne veux pas d'un tel monde".

Partager cet article Commenter

 

Cet article est libre d’accès
En vous abonnant, vous contribuez
à une information sur les médias
indépendante et sans pub.

Déjà abonné.e ?

Voir aussi

Ne pas manquer

Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.