Derrière le succès d'Avisa, la complaisance des "Échos" (et d'autres)
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Derrière le succès d'Avisa, la complaisance des "Échos" (et d'autres)

Ces grands médias qui ne font pas le ménage dans leurs tribunes

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Avisa partners contrôle tout une galaxie de vrais-faux médias, au service d'États, de grandes entreprises ou de dirigeants. Mais la société dite d'intelligence économique profite aussi des errements, voire de la complaisance de personnalités publiques et patrons de presse pour infiltrer des médias réputés au service de leur puissante clientèle. Troisième et dernier volet de notre enquête sur une des plus grandes opérations de désinformation contre rémunération du 21e siècle.

"Nous avons recours à des plumes pour certains de nos clients et pour nous-mêmes", admet Antoine Violet-Surcouf, directeur général et associé d'Avisa partners, en réponse aux questions d'Arrêt sur images. En réalité, cette entreprise spécialiste du marketing d'influence a une activité bien plus large. Dans le premier volet de notre enquête, nous vous racontions comment les révélations du "journaliste fantôme" Julien Fomenta Rosat – un pseudonyme – dans Fakir avaient conduit à d'autres enquêtes. Dans un second temps, nous nous sommes penchés sur la galaxie de vrai-faux médias contrôlés directement ou indirectement par Avisa partners. Mais depuis près d'une décennie, Avisa partners infiltre aussi de vrais médias, à l'aide d'avatars fictifs ou de personnalités réelles mais peu scrupuleuses, qui acceptent de reprendre à leur compte des textes de communication produits par l'entreprise, pour une rémunération ou un peu de visibilité. Le tout en bénéficiant d'une couverture médiatique flatteuse, ses dirigeants étant traités comme des experts par des journaux qui n'ont pas jugé utile de signaler à leurs lecteurs qu'ils sont surtout experts de la désinformation… y compris dans leurs propres colonnes.

Comble de l'ironie, son directeur général Antoine Violet-Surcouf a lui-même apposé sa signature au bas de certaines productions de Julien Fomenta Rosat. Le média universitaire réputé The Conversation publie ainsi en 2017 l'un de ces faux articles, titré "Pollution des océans par le plastique, des solutions existent !". Violet-Surcouf y est présenté comme "enseignant influence digitale". Aucune mention n'est faite de son rôle au sein d'Avisa partners, qu'il avait déjà intégrée à l'époque. "La publication sur des revues en ligne fait partie du «personal branding» que pratiquent aujourd'hui tous les dirigeants", se justifie l'intéressé.

Des clients d'Avisa infiltrent "Jeune Afrique" ou "Atlantico"

Grâce à l'obtention de nombreux documents et échanges de courriels de commande de ces textes dédiés à la "communication d'influence", ASI a pu identifier de nombreuses autres fausses tribunes écrites par Julien Fomenta Rosat. Pour Xavier Girre, directeur exécutif du groupe EDF, il a réalisé au moins un texte, publié dans la Tribune.  Tout comme pour le banquier béninois Khaled Igué qui appelle à un plus grand investissement des jeunes africains en politique dans Jeune Afrique, ou Maixent Nkani Accrombessi, ancien bras droit du dirigeant autoritaire gabonais Ali Bongo, avec une autre tribune dans le même journal.  La première dame de Côte d'Ivoire, Dominique Ouattara, déjà citée dans les deux premiers volets de notre enquête, fait aussi régulièrement appel à Avisa partners pour rédiger ses prises de position médiatiques : Sur Info-afrique ou Intellivoire, dans les colonnes de Jeune Afrique ou de la déclinaison africaine de la Tribune et sur le site d'Opinion internationaleAucun de ces clients d'Avisa partners n'a répondu à nos sollicitations. 

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