Déontologie, cartons, et week-ends prolongés
Brève

Déontologie, cartons, et week-ends prolongés

Une charte de déontologie, maintenant !

Et dès le premier conseil des ministres. Avec déclaration d'intérêts rendue publique, restitution des cadeaux supérieurs à 150 euros, interdiction de pistonner les proches, interdiction des vacances aux frais des chefs d'Etats étrangers, obligation de voyager en train pour tout déplacement inférieur à trois heures. Décidément, cet insupportable gouvernement conspire contre les sceptiques, les cyniques, les mauvaises habitudes. Et le journalisme d'investigation. Eh, Hollande, Ayrault, vous réalisez que vous cassez le métier ? Que vont devenir le Canard Enchaîné, Mediapart, et nous-mêmes, ici ? Et Delphine Batho, maintenant, la sous-ministre de la Justice, à qui Ayrault envoie ses cartons de déménagement en direct à la radio, avant même que les paparazzis aient eu le temps de photographier son appartement à loyer préférentiel ! Sérieusement, que dire d'autre, que bravo ? Donc, disons-le: bravo.

Dans la même charte de déontologie, signée par les ministres au premier conseil, figure aussi une obligation "d'être à l'écoute des citoyens" (à l'heure où écrit le matinaute, le texte de cette charte n'est pas encore en ligne sur le portail de Matignon, et je ne dispose que de la version de la presse bourgeoise). Sur le papier, c'est magnifique. Et c'est sans doute pour fêter l'obligation d'écoute, que Vincent Peillon, nouveau ministre de l'Education, annonçait dès hier matin le retour à la semaine de cinq jours en primaire, dès la rentrée 2013. Avant toute "concertation", donc, avec les profs, les parents, et les agences de voyages, interlocuteurs incontournables du "chantier". Hollande l'a promis, on le fera. Pan sur le bec: aussitôt s'était-il avancé, qu'il était repris de volée par Ségolène Royal, gardienne du Participatif, qui le rappelait aux exigences de la "concertation".

A sa décharge, Peillon ne l'avait pas encore signée, la charte. Mais cet exemple fait éclater la supercherie sémantique, que pourrait constituer la "concertation", dès lors que le gouvernement poursuit un objectif politique, et en a fait une promesse de campagne. De deux choses l'une, en effet: ou bien le gouvernement tient que la semaine de cinq jours est d'intérêt public, et alors pourquoi faire semblant d'écouter les plaintes des vendeurs de week-ends prolongés ? Ou bien le gouvernement est intellectuellement prêt à se rendre à leurs arguments, mais alors pourquoi avoir promis ? Accessoirement, était-il judicieux de mêler dans le même texte "déontologique" des mesures d'ordre moral (interdiction des voyages et des cadeaux), et des préconisations d'efficacité gouvernementale ? Un gouvernement doit-il pratiquer la concertation parce que c'est moralement juste, ou parce que c'est simplement plus efficace ? Vastes questions. Mais enfin, disputer de ces questions est tout de même moins dégradant que de contempler le président bronzant sur le yacht d'un milliardaire.

Partager cet article Commenter

 

Cet article est libre d’accès
En vous abonnant, vous contribuez
à une information sur les médias
indépendante et sans pub.

Déjà abonné.e ?

Voir aussi

Ne pas manquer

DÉCOUVRIR NOS FORMULES D'ABONNEMENT SANS ENGAGEMENT

(Conditions générales d'utilisation et de vente)
Pourquoi s'abonner ?
  • Accès illimité à tous nos articles, chroniques et émissions
  • Téléchargement des émissions en MP3 ou MP4
  • Partage d'un contenu à ses proches gratuitement chaque semaine
  • Vote pour choisir les contenus en accès gratuit chaque jeudi
  • Sans engagement
Devenir
Asinaute

5 € / mois
ou 50 € / an

Je m'abonne
Asinaute
Généreux

10 € / mois
ou 100 € / an

Je m'abonne
Asinaute
en galère

2 € / mois
ou 22 € / an

Je m'abonne
Abonnement
« cadeau »


50 € / an

J'offre ASI

Professionnels et collectivités, retrouvez vos offres dédiées ici

Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.