Charlie : l'enfance misérable des Kouachi (Mediapart / Reporterre)
Brève

Charlie : l'enfance misérable des Kouachi (Mediapart / Reporterre)

Père absent, mère prostituée, un placement dans un foyer violent : l'enfance des frères Kouachi, auteurs de l'attentat contre Charlie Hebdo, est racontée par Mediapart et le site Reporterre.

Nous sommes au 156 rue d’Aubervilliers, dans le 19ème arrondissement de Paris, dans les années 1980-1990. Les frères Kouachi vivent chez leur mère. Une habitante du quartier, qui a créé une association pour sortir les enfants de leur environnement, raconte au site Reporterre le contexte dans lequel vivaient les frères Kouachi, qu'elle a bien connus : l'aîné est plus effacé, le cadet remuant. Mais attachant : "J’adorais cet enfant. Il suffisait qu’on le cajole, qu’on le prenne dans les bras pour qu’il se calme. Moi, je l’ai trouvé touchant, ébahi comme tous les autres par la bande à Mickey, explique-t-elle après une sortie à Eurodisney. On les emmenait au cinéma, Chérif adorait y aller".

Le père est absent, la mère se prostitue pour tenter de subvenir aux besoins de sa famille. "Quelques mois après la sortie à Eurodisney, Chérif rentre de l’école comme chaque midi, poursuit Reporterre. Accompagné comme toujours de son grand frère, il découvre ce midi-là, en plein milieu de l’appartement, sa maman morte. Morte de quoi ? Elle aurait avalé trop de médicaments. Pour beaucoup, il s’agit d’un suicide". Orphelins, les enfants, âgés de 10 et 12 ans, sont placés dans un foyer, en Corrèze.

Un de leurs amis de l'époque, que Mediapart a rencontré, raconte l'environnement de ce foyer de la fondation Claude Pompidou : "C’était très violent. On se battait beaucoup entre nous. Certains éducateurs avaient peur de nous. On était tous mélangés : des orphelins, des types vraiment dangereux qui avaient commis des choses très, très dures, des requérants d’asile complètement perdus". Une description qui contraste avec celle du directeur du centre, Patrick Fournier, lequel a déclaré au quotidien La Montagne"Durant leurs parcours chez nous, ils n’ont jamais posé de problèmes de comportement". Ce que confirme un autre pensionnaire, Jean-Henry Rousseau, qui les a cotoyés entre 1994 et 1996 : "Personne à la Fondation n’avait de problèmes avec ces jeunes. Ils étaient sympas. Moi aussi je venais de Paris. On remontait ensemble sur la capitale. C’était des gamins sans histoire, des gamins carrés".

Foyer en Corrèze

Selon le témoin de Mediapart, Saïd Kouachi était discret, il ne boit pas, ne fume pas, et finit par obtenir un CAP en hôtellerie. "C’était un musulman modéré. Il n’avait rien contre les autres religions et n’a jamais essayé de m’embarquer", raconte cet ami qui assure qu'il a dû se "faire laver le cerveau par des ordures qui profitent de la faiblesse d’adolescents paumés". 

Aujourd'hui, l'habitante du 19ème arrondissement qui s'est occupée des enfants culpabilise : "J’ai pleuré. Je me suis dit que je suis responsable. J’aurais dû aider cette maman. On n’aurait jamais dû emmener les enfants à Eurodisney, avec cet argent-là, on aurait dû aider cette maman. Chérif avait une dizaine d’années, pas plus. Finalement, à n’avoir rien vu, nous avons tué cette mère et avons été incapables de sauver ses enfants", raconte-t-elle. Avant de poursuivre : "Chérif était un enfant comme les autres. Mais il n’aura pas reçu d’amour… Il a trouvé dans le fanatisme religieux, la famille qu’il n’a jamais eue. Ils ont su lui monter la tête. En même temps, c’est facile de s’en prendre à des gamins aussi isolés et fragiles. Personne n’était là pour le remettre dans le droit chemin".

 

Pour elle, la responsable de cette dérive est toute trouvée : c'est la politique de la ville. "Le but était de parquer là les pauvres. Et personne ne s’en occupait. Les assistantes sociales démissionnaient une à une. Elles avaient trop de boulot par chez nous, elles préféraient se faire muter ailleurs".

Maj 17h20 : rajout des témoignages publiés dans La Montagne.

L'occasion de revoir notre émission consacrée à Charlie Hebdo, dans laquelle notre chroniqueuse, Judith Bernard, évoquait le malaise social de certains quartiers.

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