Brétigny : Pépy fait sa com' sur la radio de la SNCF
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Brétigny : Pépy fait sa com' sur la radio de la SNCF

Opération contre-feu. Après la publication d'un rapport sur l'accident de Brétigny, pointant le manque d'effectifs pour assurer la sécurité et la maintenance des voies, le président de la SNCF, Guillaume Pépy, a tenté de décrédibiliser le rapport dans une interview à la radio de la SNCF. Avec de curieux arguments, comme l'a relevé le site Bastamag.

Le 5ème rapport d'expertise sur l'accident de Brétigny-sur-Orge, qui a fait sept morts le 12 juillet 2013 ? "Il ne s’agit pas d’un nouveau rapport puisque celui-ci avait fuité déjà dans la presse il y a déjà une quinzaine de jours et il avait déjà été commenté", a réagi Guillaume Pépy sur la radio de la SNCF, dans son entretien hebdomadaire animé par un journaliste de iTélé, Thomas Lequertier.

Le rapport serait donc du réchauffé, et ses conclusions peu crédibles. Et pour cause : "ce n'est pas un rapport d'expertise, c'est le rapport des syndicats qui ont demandé à une société qui s'appelle Apteis de faire une analyse de son accident et de l'environnement", assure Pépy. Sous-entendu : ce rapport est partisan. D'autant plus partisan qu'il réclame davantage d'effectifs pour la maintenance des voies, précisément ce que réclament les syndicats. Mieux : les chiffres avancés par le rapport, à propos de la baisse des effectifs contrôlant les voies, seraient obsolètes. Les effectifs de maintenance auraient augmenté. Et devraient augmenter davantage grâce... à la fusion SNCF/RFF, explique Pépy. Qui fait donc coup double avec cette interview : réduire la crédibilité du rapport Brétigny et faire la promo de la réforme ferroviaire.

Pour Bastamag, les arguments de Pépy sont pour le moins "étranges". Exemple ? Quand Pépy assure que le rapport n'est pas nouveau, il joue sur les mots : "’il s’agit bel et bien d’un nouveau rapport, c'est le 5ème précisément depuis l’accident", explique Bastamag. Certes, les conclusions de ce rapport avaient fuité dans la presse fin octobre. Cela n'en a pas fait un rapport obsolète lorsqu'il a officiellement été présenté devant le CHSCT (comités d’hygiène et de sécurité des conditions de travail) le 12 novembre.

Autre argument déconstruit par Bastamag : ce ne serait que le "rapport des syndicats". "Une affirmation inexacte et surprenante de la part d’un grand patron, censé savoir de quoi il parle, explique Bastamag. Il s’agit bien d’un rapport d’expertise réalisé selon les dispositions légales du code du travail par un cabinet d’expertise agréé".

Quant aux effectifs chargés de la surveillance des voies, ils ont effectivement augmenté depuis 2010, ajoute Bastamag. Sauf qu'ils avaient baissé entre 2000 et 2010. Et d'après le rapport, cité par Bastamag dans un deuxième article, "l’expertise, réalisée en 2014, constate que les délais pour réparer des anomalies sur les voies ferrées se sont... allongés depuis l’accident de Brétigny". Ainsi, "pour un défaut sur les voies devant être réparé en urgence, le délai d’intervention est passé de « immédiat » à dix jours maximum. Pour des anomalies « affectant à court terme la sécurité ou ayant un fort impact sur la régularité des circulations », le délai de « remise en conformité » est passé d’un mois à trois mois".

Autant d'éléments qui ne figuraient pas dans l'interview de SNCF, la radio. Pourtant, les questions étaient posées par un journaliste, Thomas Lequertier qui officie en tant que pigiste sur Itélé, après avoir travaillé à BFM TV. Contacté par @si, Lequertier rejette le qualificatif  de "ménage": "Je ne suis pas rémunéré par la SNCF, je suis rémunéré par Goom, qui produit l'émission. Il n'y a aucune complaisance, je suis avant tout journaliste. Je pose les questions que je veux, j'envoie juste un mail à la SCNF pour préciser le thème de l'interview, mais je ne donne jamais les questions à l'avance". Et Lequertier de nous préciser qu'il a même interviewé Guillaume Pépy sur BFM, alors même qu'il animait la matinale de SNCF, la radio. Sans que cela pose le moindre problème à la chaîne d'info.

Certes, Lequertier est pigiste et n'est pas payé par la SNCF. Sauf que Goom, la société qui produit l'émission pour la SNCF, s'est spécialisée dans les services radio aux entreprises. Et la SNCF n'est pas un petit client : selon Les Echos, en 2013, ce contrat pèse "plus du tiers de son chiffre d'affaires (2 millions sur un total de 5,5 millions)". Un contrat qui avait permis à l'entreprise "dont les comptes sont à l'équilibre, d'assurer la transition vers son nouveau modèle". De quoi motiver les journalistes pour mener des interviews pugnaces face à Pépy.

L'occasion de revoir notre émission consacrée à l'après-Brétigny : "Au-delà de la com', une exigence de transparence"

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