Abattoirs : 15000 euros d'amende requis contre l'association L214
Brève

Abattoirs : 15000 euros d'amende requis contre l'association L214

C'est une première pour L214.

L'association de défense des animaux, qui a dénoncé de nombreux cas de maltraitance animale dans des abattoirs, et fait condamner l'un d'eux en avril 2017 pour des actes de cruauté et des mauvais traitements sur des animaux, était sur le banc des accusés ce 4 septembre. Deux de ses membres sont en effet poursuivis par Vincent Harang, directeur de l'abattoir de Houdan (Yvelines), pour "violation de domicile" et "tentative d'atteinte à l'intimité de la vie privée par fixation, enregistrement ou transmission de l'image".

Après le dépôt d'une question prioritaire de constitutionnalité, le procès, qui devait se tenir en juin dernier, avait été renvoyé, et l'audience s'est donc tenue ce lundi 4 septembre. Le procureur a requis une amende de 15 000 euros, dont 10 000 avec sursis. Le jugement est attendu pour le 9 octobre prochain.

Sébastien Arsac, cofondateur de L214, un des deux prévenus
plateau d'Arrêt sur images, 3 juin 2016

Pour rappel, le fondateur de l'ONG Sébastien Arsac, reçu en juin 2016 sur notre plateau, et Tony Duhamel ont pénétré dans l'abattoir de cochons de Houdan en fin d'année dernière. Ils y ont déposé quatre caméras GoPro. La chute de l'une d'entre elles a alerté la direction, qui a prévenu les forces de l'ordre et c'est en voulant les récupérer, dans la nuit du 12 au 13 décembre, que les deux hommes ont été interpellés par la gendarmerie.

Deux mois après ces faits, en février 2017, l'émission de France 2 Envoyé Spécial dévoile en exclusivité des images de cet abattoir. On y voit un employé frapper des cochons, notamment avec des aiguillons électriques, pour les forcer à rentrer dans un couloir menant aux dispositifs de gazage, qui les étourdit avant qu'ils ne soient saignés. L'association annonce alors qu'elle a porté plainte contre l'abattoir pour mauvais traitements contre les animaux. Cette enquête-là est toujours en cours.

Images dévoilées par Envoyé Spécial de l'abattoir de Houdan, 16 février 2017

Mais ce n'est pas tout. Quatre jours avant le procès intenté par l'abattoir contre l'association, prévu pour le 12 juin, L214 dévoile une seconde vidéo. On y voit cette fois le dispositif d'étourdissement des cochons. Il s'agit d'une nacelle qui descend dans un espace rempli de CO2, ce qui asphyxie les bêtes. La vidéo montre les cochons se débattre et pousser des cris stridents pendant de longues secondes. L'association dénonce des "graves souffrances pour les animaux".

Car si la pratique d'étourdissement par CO2 est légale, elle est cependant contestée, comme le rappelle notamment Le Monde à l'époque. "Dès 2004, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) avait pointé le «problème du bien-être [animal]» posé par cette technique", explique le quotidien. Qui rapporte également les propos d'un ingénieur de l'Institut de la filière porcine, cité dans un rapport de la Commission d'enquête parlementaire sur les abattoirs : "Le CO2 est un gaz aversif [provoquant une réaction d’évitement ou de retrait de l’animal] qui, pendant les 15 à 20 secondes que dure l’inhalation, plonge l’animal dans une grande souffrance jusqu’à la phase d’induction, où il bascule dans l’inconscience." Dans le cas de l'abattoir de Houdan, L214 affirmait que l'étourdissement des porcs durait 35 à 40 secondes, un temps que niait le directeur de l'abattoir Vincent Harang, qui évoquait "10 à 20 secondes en moyenne" avant l'étourdissement des bêtes.

L'occasion de (re)voir notre émission avec les deux fondateurs de L214, Sébastien Arsac et Brigitte Gothière : "Les JT ne montrent pas les mises à mort d'animaux"

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