Au secours, ils ont "cancel" Noël !
chronique

Au secours, ils ont "cancel" Noël !

Les meilleures paniques morales de la saison automne-hiver 2021

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Cette année, les sapins ont remplacé les crèches, mais les paniques morales de Noël étaient plus que jamais présentes dans nos espaces médiatiques. Et c'était comme chaque année : ridicule et épuisant.

Entre les 4 et 5e vagues de Covid-19 et la consternante pré-campagne présidentielle, j’ai bien cru qu’on allait être privés de nos traditionnelles polémiques de Noël. Une crainte qui s'est vite dissipée puisque, dieu merci, nos Rois mages de la panique morale (twittos, politiques, et médias) étaient finalement bien au rendez-vous pour faire de ces fêtes un moment à HPP (haut potentiel polémique).

Les "sapingates"

J’aurais pu me douter que ce n’était pas les crèches qu’il fallait attendre, mais les sapins. En septembre 2020, l’édile écolo de Bordeaux, Pierre Hurmic, avait déjà suscité la polémique en annonçant ne pas vouloir installer d'"arbre mort sur la place Pey Berland" pour Noël. 

Pour cette fin d’année 2021, on a donc eu le droit au "sapingate" à toutes les sauces. À commencer par la saison 2 de la saga bordelaise. La ville a fait appel à l'artiste Arnaud Lapierre – qui se définit comme un "designer écologiste" – pour confectionner un sapin de onze mètres de haut en verre et acier recyclé.

En ligne, le tricolore se dresse contre l'œuvre."C’est de la merde!!!!" commente Guillaume, sous une publication Facebook de Sud Ouest. "Rendez nous nos traditions, notre France 🇨🇵,notre culture. Un bon bifteck, du foie gras, de la patate et du vin rouge, du champagne !!!!" s'exclame Alexandre, à deux doigts de rejoindre la Résistance. Danièle, elle, ose un "on est encore en FRANCE 🇫🇷  ??" Difficile de la contredire : cette œuvre d'art en verre semble bien être le signe du grand remplacement en cours...

Dans une tribune publiée sur FigaroVox (étonnant !), la candidate des Républicains à l’élection présidentielle, Valérie Pécresse, accusait le maire de Bordeaux de "congédier Noël" en "privant les Bordelais de leur sapin". Ce que ce catho pratiquant – qui ne s'en cache pas – réfute : "Ça me paraît tellement éloigné de la réalité que je ne peux pas laisser passer ces inexactitudes tellement hors-sol", déclare-t-il au Figaro, en fustigeant, au passage, l'"inculture" de la droite qui l'accuse de ne pas respecter les traditions chrétiennes alors que le sapin "est un acte laïc, non religieux". Lapierre, le créateur du sapin bordelais, confiait à Sud Ouest qu'il avait eu la volonté de "se décharger de tout ce qui était dogmatique, nettoyer les codes pour en revenir à ce qui caractérise le sapin de Noël". C'était peut-être un peu ambitieux... 

En riposte à cette guerre des résineux, le 18 décembre dernier, une trentaine d'amoureux des sapinières installaient un vrai sapin sur la place bordelaise. Plus de 32 000 likes pour la publication de Sud Ouest annonçant l'initiativeContrairement à ce qu'ils ont affirmé à Sud Ouest, l'action n'était pas du tout "apolitique"... mais organisée par Génération Z, les jeunes qui soutiennent Éric Zemmour. Son responsable local, Clément Bacquey, a reconnu être à l'origine de l'organisation et du financement de cet acte héroïque. Le mouvement de soutien à Zemmour a d'ailleurs largement partagé ce coup de com' sur les réseaux sociauxLe happening a également été, sans surprise, relayé par Eric Ciotti.

Des "sapingate" ont aussi poussé dans d'autres villes de France. La mairie EELV du 12e arrondissement de Paris avait décidé pour la deuxième année consécutive de ne pas dresser de sapin (pour des raisons écologiques et pratiques) mais une installation conique en bois.

Révoltée par l'absence du conifère, l'association Basta Cosi (initialement constituée pour protester contre le fait que "la vie de leur quartier se dégrade et s'insécurise du fait de la présence d'un nouveau public en errance") a lancé une cagnotte en ligne pour acheter un arbre mort vrai sapin. L'installation et la décoration de l'arbre de ces "Jean-Moulin du Conifère" (sic) ont évidemment été relayés dans les médias et sur les réseaux sociaux.

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