Ogeret, Aragon, et les larmes
chronique

Ogeret, Aragon, et les larmes

Il n'y aura ni obsèques nationales, ni communiqué d'Emmanuel Macron, ni éditions spéciales avec Stéphane Bern sur BFM. Les matinales radio ne s'y attarderont pas. Marc Ogeret, dont on a appris hier la mort à 86 ans, n'était pas de ces mondes-là. Ogeret avait chanté la Commune, il avait chanté Genet, et plus généralement les espoirs des peuples à travers les siècles. Ogeret était simplement une belle voix, au service de belles paroles, pour chanter de grandes espérances. Il était d'un autre monde, d'un monde englouti. Ce patrimoine-là n'aura pas son loto.

Les rares nécros qui lui sont consacrées ce matin évoquent surtout "Marc Ogeret, interprète d'Aragon". C'est Marc Ogeret qui m'a fait tardivement découvrir l'un des plus étranges poèmes d'Aragon, Les larmes se ressemblent. Ni Ferré ni Ferrat ne l'avaient repéré, celui-là. Ou bien les deux géants s'en sont prudemment tenus à l'écart. Bref, ils l'ont laissé à Ogeret, qui en a fait une romance envoûtante. Aragon y évoque l'occupation de la Rhénanie, à laquelle il a, jeune soldat, participé en 1919, sur fond de rasades de Kirsch, et de Rhin noir. Il évoque l'humiliation des Allemands vaincus, et les actes de terrorisme contre les troupes d'occupation françaises. "On trouvait parfois au fond des ruelles / Un  soldat tué d'un coup de couteau / On trouvait parfois cette paix cruelle / Malgré le jeune vin blanc  des coteaux"

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