Turquie : un journaliste de CNN arrêté en direct
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Turquie : un journaliste de CNN arrêté en direct

De l'explication à la démonstration. Ivan Watson décrivait pour CNN les méthodes de répression de la police anti-émeute lorsqu'il est lui-même arrêté par un policier en civil. Le reporter et son équipe, qui couvraient les célébrations du premier anniversaire du soulèvement de Gezi, ont été relâchés une demi-heure plus tard. Episode bienvenu pour CNN dont la déclinaison turque avait été attaquée pour sa (non) couverture des manifestations du printemps dernier.

 

Un duplex qui finit au commissariat. A Istanbul, Ivan Watson répond en direct aux questions du présentateur. Il filme et décrit l'arsenal répressif mis en place par le gouvernement turc pour réprimer la manifestation place Taksim quand il est soudain encerclé par des policiers en armes et en civil qui lui demandent son passeport. Le reporter brandit alors sa carte de presse... mais la montre à la caméra avant de la présenter à son interlocuteur. Le journaliste semble alors mettre en scène son arrestation devant la caméra. Il crie "nous sommes en état d'arrestation et je viens de prendre un coup de pied" juste avant que la retransmission ne soit, dramatiquement, interrompue.

Arrestation brutale, mise en scène, ou...les deux ? picto

Dans la confusion, impossible de savoir s'il a présenté des papiers en règle avant d'être embarqué par les forces de l'ordre, ni s'il a vraiment reçu un coup de la part d'un des policiers. Sur Twitter, le journaliste explique que la police soupçonnait ses papiers d'être faux. Il ajoute qu'un policier s'est excusé pour le coup de pied donné par un de ses collègues au journaliste.

Un an après Gezi, trois semaines après Soma

CNN Turquie

Pour CNN, c'est l'occasion de se rattraper après que CNN Turquie ait été accusée de passer sous silence les manifestations de juin dernier. La chaîne proposait par exemple un documentaire animalier alors que son homologue américaine diffusait les violentes manifestations qui émaillaient le pays. Les médias étaient accusés d'être à la solde du pouvoir et de censurer les manifestations pour en masquer l'ampleur.

picto Comparaison des programmes diffusés au même moment sur CNN Turquie et CNN

Depuis l'accident dans la mine de Soma (qui a couté la vie à 301 mineurs), les tensions sociales sont à leur paroxysme. Pour enrayer la fronde, le gouvernement a multiplié arrestations arbitraires de journalistes et purges dans la police et dans la justice. Il a également essayé de faire interdire Youtube et Twitter, vecteurs par lesquels les manifestants s'organisent. "Vous ne pourrez pas occuper Taksim comme vous l'avez fait l'an dernier parce que vous devez respecter la loi" a déclaré Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre, lors d'un discours prononcé samedi matin à Istanbul et rapporté par Le Parisien. "Si vous vous y rendez, nos forces de sécurité ont reçu des instructions claires et feront tout ce qui est nécessaire". Ce "tout ce qui est nécessaire" implique l'utilisation de 50 canons à eau et de gaz lacrymogènes ainsi que la mobilisation de plus de 25 000 policiers, envoyés pour réprimer cette manifestation qui célèbre le premier anniversaire du "soulèvement de Gezi". Dans le parc Gezi, au matin du 31 mai 2013, la police avait violemment délogé des militants écologistes qui s'opposaient à sa destruction (prévue dans le projet de réaménagement de la place Taksim). La lutte s'était vite transformée en combat contre le gouvernement conservateur (AKP) dont le leader, Erdogan, est englué dans un scandale de corruption. Ce samedi, plusieurs milliers de manifestants ont bravé l'interdiction de manifester. Selon l'association des avocats d'Istanbul, au moins 65 personnes ont été arrêtées en début de soirée. Leur détention va surement dépasser les 30 minutes de notre confrère.

Elisabeth Denys 

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