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Rue89, Perdriel, et l'indépendance

Par le - 09h16 - le neuf-quinze

On pourrait mieux commencer l'année. Parmi toutes sortes de mauvaises nouvelles plus bruyantes, en voici une : Rue89 quitte le syndicat de la presse en ligne, le SPIIL. Pas de gaité de coeur : les fondateurs du site y sont contraints et forcés, par le patron du Nouvel Obs, et actionnaire à 100% du site, Claude Perdriel. Le fondateur de Rue89, Pierre Haski, est venu l'annoncer fin décembre à ses confrères du syndicat (dont @si est membre fondateur). Le détonateur ? Même si Haski ne le dit pas officiellement, c'est le manifeste du SPIIL, publié à l'automne dernier et qui, parmi d'autres propositions, appelle à la fin, en trois ans, des actuelles aides publiques directes à la presse.

Ce système d'aides publiques est opaque et à bout de souffle. Il maintient les médias traditionnels dans la sujétion du politique. On pourrait parfaitement décider de le supprimer, et peut-être même que la presse, le dos au mur, acculée à regagner l'adhésion de ses lecteurs, s'en porterait finalement mieux. Mais si on le conserve, si l'État considère de son devoir de continuer à subventionner la presse, il faut à l'évidence le revoir, pour le rediriger vers l'innovation, plutôt que vers la préservation des rentes. Mais cette vérité, exprimée par le SPIIL, est insupportable aux dirigeants du groupe Perdriel qui, par cette mesure de rétorsion, espèrent sans doute affaiblir le jeune syndicat.

En tordant le bras des fondateurs de Rue89, Perdriel affiche une souveraine indifférence à l'égard de la spécificité, au sein de son groupe, de la "'sensibilité Internet". Étrange démarche, d'ailleurs, qui consiste, de la part de cet actionnaire, à torpiller la crédibilité du site qu'il a racheté. Car nos amis et confrères de Rue89 (qui, chaque matin, reprennent ce billet) pourront bien assurer, comme lors du rachat du site par Perdriel en janvier dernier, que cela ne change rien à leurs valeurs, l'effet d'image de cet alignement forcé sera désastreux. Rue89, en 2007, avait assis sa renommée en se démarquant spectaculairement des médias traditionnels (par la révélation de la censure, dans le JDD, d'un article révélant que Cécilia Sarkozy n'avait pas voté à la présidentielle). Les mêmes médias traditionnels lui rappellent aujourd'hui qu'au fond, dans l'âme d'un journal, l'actionnariat continue de compter au moins autant que le support.

Plus de cinq ans après la création de nouveaux médias internet indépendants, il faut bien constater qu'un seul mode de financement garantit l'indépendance totale : l'achat ou l'abonnement par les internautes, lecteurs, spectateurs, et eux seuls, au détriment de tout financement publicitaire et de toute subvention directe - le vieux modèle Canard Enchaîné, en somme. C'est la voie empruntée, avec quelques autres, par @rrêt sur images. Cette voie est escarpée, exigeante, et, comme le montrent par exemple les difficultés actuelles du site local Dijonscope, bien moins évidente que nous pouvions l'espérer au départ, tant les vieilles habitudes d'information ont la vie dure. Mais c'est la seule.

En passant, et pour faire la nique aux mauvaises nouvelles, un grand merci à nos abonnés pour leur fidélité toujours renouvelée. Et tous nos voeux pour une belle et indépendante année 2013.

 

Rue89 Obs


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