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Vite-Dit

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Les journalistes en colère, et le scabreux débat

Par le - 09h15 - le neuf-quinze

Douze hommes en colère

On se demandera longtemps quelle mouche a piqué ARTE, de réunir huit hiérarques fourbus des médias parisiens, et de leur extorquer, en deux minutes chrono chacun, une sorte de testament professionnel. L'ensemble était vendu sous l'emballage "huit journalistes en colère", diffusé mardi soir, et bien sûr précédé du buzz idoine. Elkabbach, Pujadas, Val, Giesbert,Chabot, Plenel, Ganz, Fottorino (dans la liste, cherchez la femme, et cherchez le-représentant-de-l'Internet-car-il-en-faut-quand-même-un), n'ont pas déçu. Je n'ai pas le temps, ce matin, de lister les casseroles que trainent à eux tous ces valeureux représentants de la profession. Tapez leurs noms dans la case recherche de votre site préféré. Vous aurez de la lecture pour la journée. Après quoi, vous pourrez ouvrir une quincaillerie. (Tiens, pour vous aider, on vient de créer un dossier, ici).

Nos huit encolérés s'accordaient tout de même sur un point : face à Internet-qui-fait-tout-bouger-très-vite, il faudra être ferme sur les principes, et l'indépendance. Et Fottorino, directeur du Monde, de raconter crânement quelques coups de fil d'engueulade de Sarkozy, pour s'en faire un trophée. Parfait. Bravo ! Tout directeur du Monde normalement constitué rêverait d'un coup de fil d'engueulade de Sarkozy. Mais le problème est ailleurs. Un exemple. Quelques heures avant l'émission, je lisais l'éditorial du Monde. Il tirait le rideau sur le "grandébat" sur l'identité nationale. Bon débarras ! s'exclamait Le Monde. L'éditorial comportait notamment cette phrase : "en liant ouvertement identité nationale et immigration, ce débat était engagé sur des bases trop scabreuses pour être acceptable". Parfait (bis). Quelle lucidité ! Quelle intransigeance avec le pouvoir. Malheureusement, j'ai un défaut : il me reste un peu de mémoire. Et il se trouve que je me souvenais d'un éditorial, démarrant à la Une, de Fottorino, le 7 novembre dernier. Gaiement titré "débattons", cet éditorial commençait par la phrase suivante : "Plutôt que d'alimenter le vain débat sur l'opportunité du débat, ce qui fera gagner en temps ce qu'on perdra en polémique, il nous paraît plus utile d'aller d'emblée au fond de l'affaire : quels sont les traits de l'identité nationale ?" Autrement dit, le 7 novembre, Fottorino ne jugeait pas le débat "scabreux". Il y plongeait. Quelques semaines plus tard, le journal de l'encoléré Fottorino alla jusqu'à s'associer au scabreux machin, en y animant une table ronde à Paris (on vous le racontait ici).

Sans nul doute, pour rédiger son allègre éditorial "débattons", Fottorino n'a eu aucun besoin d'un appel téléphonique de Sarkozy, ni d'un amical conseil de son associé Lagardère. Il l'a écrit tout seul, comme un grand journaliste indépendant. De la même manière que France 2, qui a consacré les deux tiers de ses émissions politiques depuis octobre à tourner autour du scabreux bidule, n'a pas eu besoin qu'on l'appelle. Ils y vont tout seuls. Parce que c'est "le débat du moment". Parce que suivre l'agenda du pouvoir est dans leurs gènes. Quand ça tourne vinaigre, ils effacent leurs traces, se bouchent le nez, et cognent sur le pouvoir. Et ils viennent s'étonner qu'on crache sur leurs écrans, et que leurs journaux ne se vendent plus.



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