"J'ai fait un film sur Mélenchon en sympathie"

Arrêt sur images

Mélenchon, Le Pen : deux documentaires

L'émission
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Comment capter la vérité d’un candidat à la présidentielle, avec une caméra, et du temps devant soi ? Plus précisément, faut-il tenter de capter la vérité de la personne, de son programme, ou des deux à la fois ? Et cette quête n’est-elle condamnée d’avance ? Vastes questions que nous posons, à quelques jours de la fin de cette campagne présidentielle, à propos de deux candidats et de deux documentaires dont les réalisateurs sont nos invités : Gérard Miller, auteur du film Jean-Luc Mélenchon, l’homme qui avançait à contre-courant diffusé sur France 3 le 30 janvier dernier, et Emmanuel Blanchard, auteur du film Marine Le Pen, la dernière marche ? diffusé sur la même chaîne quinze jours plus tôt.

Coulisses de l’émission, par Anne-Sophie Jacques

Pas simple d’imaginer une émission à quelques jours du premier tour. Comment clore le premier round de cette interminable campagne ? Je vous avoue qu’ici, à la rédaction, on frôle la dépression. Envie d’être lundi, et en même temps pas envie. Eviter les sondages, et en même temps ne pas s’empêcher de les regarder. Arrêter de dire "en même temps" puisque Macron le dit tout le temps. Alors on plaisante. On rigole avec des projets d’exil en Ariège ou en Ardèche, on n’a pas encore choisi. Moi je monte une boutique de tee-shirts avec Mathilde Larrère sur toutes les phrases débiles entendues ces derniers jours. On plaisante pour sortir du flux. Du tempo imposé. En attendant il faut se fader le grotesque plateau avec les candidats sur France 2, surtout ne pas s’énerver et puis paf ! un attentat. Tiens, le voilà. De quoi relancer la campagne de Le Pen, nous dira notre invité Emmanuel Blanchard une fois l’émission terminée.

Parce que je digresse à vous parler de l’ambiance ici mais on a tout de même enregistré une émission. L’idée est venue la semaine dernière quand nous avons regardé le documentaire de Gérard Miller et d'Anaïs Feuillette consacré à Jean-Luc Mélenchon. Nous avions invité le psychanalyste mais il était en congés. Nous avions également invité Marion Lagardère, journaliste qui, pour France Inter, a suivi le candidat (du Front de gauche à l’époque) lors de la précédente présidentielle. Puis aux élections régionales dans le Nord. Elle en a fait un livre, Il est comment Mélenchon, en vrai ? Un livre qui, comme le documentaire de Miller donne à voir l’homme autant que le candidat. Mais ce vendredi, la journaliste était en direct sur le Mouv à midi pour une spéciale élection.

Pour compléter le plateau, ce n’était pas compliqué. France 3 a diffusé, de septembre à mars, une série consacrée à la campagne présidentielle avec de nombreux portraits de responsables politiques, dont des candidats à l’élection. Nous avons invité Pierre Hurel, réalisateur du documentaire sur Macron, non disponible. Il est vrai aussi que nous avions considéré son film macronôlatre dans cet article et souligné par ailleurs toute l’admiration d’Emmanuel Chain au candidat d’En marche – Chain étant le patron de la boîte de prod Elephant, laquelle a produit le film d’Hurel. Nous avons enfin écarté l’idée d’inviter Anne Cabana pour son film sur François Fillon car il a été tourné bien avant que n’éclatent les affaires. Et donc hors-jeu.

Restait alors un portrait de candidat : celui de Marine Le Pen. Un documentaire d’historiens – en l’occurrence Blanchard et Grégoire Kauffmann. Les deux avaient déjà signé un film sur les 40 ans du Front national diffusé avant les élections présidentielles de 2012. Un film intitulé Le diable de la République où ils avaient pu interroger Jean-Marie Le Pen mais également sa fille qui venait de prendre la présidence du parti en 2011. La liste des intervenants dans leur documentaire est d’ailleurs stupéfiante : on croise feu François Brigneau, ex de l’Ordre nouveau et fondateur du Front national en 1972, Carl Lang, ancien dirigeant du FN, Bruno Mégret mais aussi Lionel Jospin ou Michel Rocard… bref, une bonne vingtaine de témoins.

Ils sont tout autant dans leur film de 2017 intitulé Marine Le Pen, la dernière marche ? même si, de l’aveu de Blanchard, les cadres du parti ont tous adopté la même langue de bois depuis. Les seuls à pouvoir s’exprimer librement sont Florian Philippot, Marion Maréchal-Le Pen, Marine Le Pen... et Jean-Marie Le Pen bien sûr. Et parmi ceux qui ont catégoriquement refusé d’être filmés, on trouve trois Gudards – du GUD, groupe étudiants d’extrême droite : Frédéric Chatillon, Philippe Péninque ou Axel Loustau. Ce dernier, comme le révélait une archive exhumée par Envoyé spécial le mois dernier, a même été saluer Leon Degrelle, l'ancien Waffen-SS belge pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsqu'il était réfugié en Espagne. Ces trois hommes font partie de la garde rapprochée de la candidate. Ils sont même très amis. A la fin de l’émission, on se met à imaginer ce qu’il se passerait si Marine Le Pen était élue. Ces proches ouvertement antisémites et racistes seraient à la tête de l’armée, de la police… Brrr. Vivement lundi. Ou pas.


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