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Programmes d'histoire : la guerre de l'immigration

Le ministre de l'éducation Jean-Michel Blanquer accusait jeudi l'historienne Laurence de Cock de propager des "infox" en disant que l'immigration ne ferait plus partie des futurs programmes d'histoire des lycéens. Dans les documents de travail, pourtant, le thème, en effet, n'est jamais abordé.

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J'ai quand même l'impression qu'en Belgique, le rapport aux programmes est moins tendu. Beaucoup de liberté en fait, pour autant qu'on travaille par compétences. 

Par exemple, là, en rhéto - dernière année de secondaire -, je viens de faire toute(...)

Ce qui caractérise les nouveaux programmes du lycée en histoire comme en lettres où je suis et comme dans toutes les autres matières, c'est effectivement l'opacité, mais également des délais scandaleusement courts entre publication et application. La(...)

Encore un bel exemple de concertation macroniste : opacité des textes, palabres dans le vide, finition en coup de force avec vernis de réunions stériles.

C'est une procédure manifestement érigée en système qui est profondément anti-démocratique.

(...)

Derniers commentaires

si il y avait eu une immigration de masse en 1789 , y aurait il eu une révolution ? j'aurais du lire mes livres d'histoire...

l'histoire s'écrit demain.... En tous cas, moi, le crimepensee je trouve ça inbon.

Encore un bel exemple de concertation macroniste : opacité des textes, palabres dans le vide, finition en coup de force avec vernis de réunions stériles.

C'est une procédure manifestement érigée en système qui est profondément anti-démocratique.

Ce qui caractérise les nouveaux programmes du lycée en histoire comme en lettres où je suis et comme dans toutes les autres matières, c'est effectivement l'opacité, mais également des délais scandaleusement courts entre publication et application. La loi prévoit normalement un délai de douze mois entre les deux. Nous aurons, si tout va bien et en infraction à la loi, un maximum de huit mois pour préparer tous les cours sur tous les niveaux. Pour qui a déjà enseigné, je n'ai pas besoin d'expliquer la somme de travail que cela représente. 


Un travail démentiel pour les professeurs, soit. Mais ce qui est encore plus scandaleux, c'est la manière dont les élèves sont traités. On va notamment demander aux élèves de première de l'année prochaine de passer des épreuves anticipées de français pour lesquelles ils n'auront pas été préparés en seconde puisque le programme de seconde de cette année correspond à l'ancien programme.


Sans parler des enseignements de spécialité sur lesquels les élèves vont être amenés à se prononcer et à faire un choix (le nouveau bac prévoit en effet trois enseignements de spécialité en première et deux en terminale) alors que personne ne sait encore en quoi elles consistent, et même parfois  par qui elles seront assurées.


Bref, cette réforme dans son application traduit un mépris total pour le personnel enseignant, pour le personnel de direction, pour les élèves, pour leurs parents...

Et puis, comment apprécier les contenus des programmes de 1ère quand on ne connaît pas ceux de Terminale ?

J'ai quand même l'impression qu'en Belgique, le rapport aux programmes est moins tendu. Beaucoup de liberté en fait, pour autant qu'on travaille par compétences. 

Par exemple, là, en rhéto - dernière année de secondaire -, je viens de faire toute une séquence très détaillée sur la guerre civile espagnole (qui est à peine évoquée dans les manuels, et parfois pas du tout), parce que j'ai emmené les élèves voir la pièce de théâtre "Pas pleurer", adaptée par Denis Laujol d'après le Goncourt 2014 de Lydie Salvayre.
(Comme Lydie Salvayre elle-même adhère avec émotion à ce travail sur son texte, je mets le lien pour donner une idée à qui pense qu'il pourrait aimer puisque le spectacle a été joué tout ce mois de juillet 2018 à Avignon:

https://www.youtube.com/watch?time_continue=82&v=yjD5taLQlL8&fbclid=IwAR2Iy92TnxTNGT57SSf-LgjKZRQViWOlm6hzojkzrsJVY4euVIVr4oxnPZo

 Accessoirement (pas du tout accessoirement d'ailleurs), la comédienne Marie Aurore D'Awans est très engagée dans l'accueil des migrants à Bruxelles, elle en héberge d'ailleurs régulièrement chez elle. Probable que ce "détail" colore la manière dont elle incarne le personnage de Montse, mère de l'auteure, qui passera des grands espoirs libertaires à la fuite à travers les Pyrénées vers les camps français, avec son bébé "Pas pleurer")

Extrait de son discours (hommage aux bénévoles du parc Maximilien à Bruxelles) lorsque, enceinte de son 2e bébé, elle a reçu l'an dernier le premier prix du meilleur espoir pour ce rôle  :

https://www.youtube.com/watch?v=fV2BObvnHWM )


Retour aux programmes d'histoire : si un inspecteur me tape sur les doigts - ce ne serait pas la première fois, trop d'heures sur un de vos dadas - , il ne peut rien m'arriver de grave puisque l'outil de communication par exemple (Compétence 4) que mes élèves devront faire au final sur ce sujet est transposable à n'importe quel autre sujet. C'est ce qu'ils devront démontrer à l'examen ou lors de l'épreuve externe de juin. (On nous annonce une autre compétence, mais ça revient au même, ils doivent être entraînés sur les quatre).

Si nous avons détaillé Staline, ils doivent pouvoir décider d'après documents non vus à l'avance que Pol Pot, Hitler, Pinochet... - selon le choix du prof -  est, oui, non, à divers degrés, à l'initiative d'un totalitarisme jumeau. Raison pour laquelle les notions principales sont conceptualisées, et les concepts décomposables en différents segments de définition. 

Pour le totalitarisme par exemple, ça permet par conséquent de comparer le culte du chef et ses modalités indépendamment de tous les ressors mis en oeuvre par la propagande, ou de l'exploitation des symboles, ou la gestion de l'économie, l'industrialisation, l'agriculture, l'armée comme outil défensif ou non, la police politique...). Bref, de dépasser une définition stéréotypée. Sur ce point, je ne peux pas faire comme si je n'avais jamais entendu Badiou par exemple,  pendant que ma collègue de la classe voisine espère "que Macron sera réélu sur son bilan". Evidemment, l'empreinte du prof déteint sur la manière dont il construit ses cours, mais l'essentiel est quand même d'offrir aux élèves des outils critiques. Et non une matière figée "Charles Martel" bla bla.

Bref, impression qu'on est mieux loti que tout ce que je vois passer dans les débats français sur l'enseignement de l'histoire (isolée de la géo en plus en Belgique), et pour tout dire, impression tenace que ce sont des combats dépassés.


( @Mathilde Larrère si-vous-passez-par-là :  Guerre d'Espagne, j'ai pris notamment l'article de "Révolutions. Quand les peuples font l'histoire", les diverses nuances  du camp républicain sont très bien expliquées et désamorcent les caricatures, merci merci ^^ )

 


Et ce sketch  des téléphones portables, pfffff. Moi, j'ai déjà accepté au moins trois fois cette année scolaire qu'un élève vérifie une info sur son téléphone grâce à sa 4G. Par exemple, s'il y avait moyen de trouver sur youtube un extrait de telle ou telle émission ou l'oeuvre d'art que je viens de citer alors que je ne l'avais pas prévu.

Ou alors, cette semaine, suite à une manoeuvre informatique compliquée  pour un travail en autonomie, que tous ceux qui peuvent vérifient en direct si le lien leur est bien arrivé afin qu'ils puissent plus tard réaliser la préparation attendue.

Bref, à quoi votre ministre de l'éducation passe son temps, quel combat stérile, dans quelle idée de la pédagogie tout ça s'enracine !

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