Rumeurs, premières leçons
Le matinaute
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chronique

Rumeurs, premières leçons

Quel que doive être son avenir, qu'elle s'avère fondée ou non, "la" rumeur "Bruni-Biolay-Sarkozy-Jouanno"
, dont nous tentons ici de retracer le cheminement, pose déjà plusieurs questions sur la fabrication de l'information. D'abord, celle du rôle de Twitter, (si vous avez besoin de rattrapage, tout est expliqué ici) et du statut des "tweets". Qu'est-ce qu'un tweet ? Grave question ! Quel statut accorder à ces textes de 140 signes maximum ? C'est court, 140 signes, pour exprimer davantage qu'une onomatopée, un réflexe, un soupir, un tacle, un ricanement. C'est d'ailleurs un paradoxe, de voir tant de journalistes de médias en ligne, délivrés du formatage de longueur ou de durée des anciens médias, se précipiter avec frénésie sur le gazouillant gadget, qui leur impose un formatage plus contraignant encore que celui des 20 Heures, de France Info, et de l'AFP réunis.

Quoiqu'il en soit, le fait qu'une poignée de journalistes de ces médias en ligne (Slate.fr, Le Post, site du groupe Le Monde) aient "twitté" sur la rumeur, a certainement contribué à sa coagulation.

Etape suivante (et plus déterminante encore) : le relais de cette rumeur par un blog hébergé sur le site du Journal du Dimanche. La rumeur se trouve donc ainsi, pour la première fois, propagée par les moteurs de recherche, associée à un titre de la presse traditionnelle., appartenant au groupe de l'oligarque français Lagardère (lequel s'est d'ailleurs empressé, dans la journée d'hier, de retirer le billet en question). C'est d'ailleurs sur le "prestigieux", comme ils disent, Journal du Dimanche, que s'appuient les journaux étrangers qui commencent dès ce matin à faire leurs délices des aventures supposées du quatuor. Vertiges de la reprise en boucle, et de la circulation circulaire.

Point commun de tout celà : la question des signatures, des marques, et des limites. Les journalistes salariés de Slate ou du Post, le blogueur hébergé par le Journal du Dimanche, quand ils twittent ou quand ils postent, d'un seul clic, sur un coin de table, sans en référer à personne, ( et parfois, comme dit Birenbaum, dans une excitation de "t'es cap ?, t'es pas cap") engagent pourtant la signature du titre qui les salarie ou les héberge, qu'ils le veuillent ou non. Si leurs lecteurs doivent certainement apprendre à les lire, sans doute aussi eux-même doivent-ils réapprendre à écrire, en sachant d'où ils écrivent. Bref, le débat ne fait que commencer.

Capture écran : merci à notre @sinaute Piero Ka

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