Mitterrand rate le carrefour de toutes ses vies
Le matinaute
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chronique

Mitterrand rate le carrefour de toutes ses vies

Il devait passer par le trou d'une aiguille

: c'est raté. Que devait-il faire ? Adopter la seule défense possible : dans mon livre, pas trace de pédophilie. Ce qui est vrai.

Dans La mauvaise vie, Frédéric Mitterrand raconte ses amours tarifées avec de jeunes prostitués thaïlandais, mais étudiants, ayant petite amie, projetant mariage. Bref, pubères. Pas trace de fascination ou d'attrait, dans ce long texte halluciné, pour l'impubère.

Voila ce qu'il fallait dire. Après, il n'avait plus qu'à assumer l'égarement du touriste sexuel (mais avec repentirs sonores), et plaider non coupable pour pédophilie. Il n'avait plus qu'à insister sur le fait que son livre n'est pas une apologie (ce qui est vrai aussi, mais pas non plus une condamnation, on est dans la littérature), et marteler sa condamnation officielle. Une chance sur deux de passer. Mais non. Emporté par l'ivresse du narcissique, l'orgueil de l'homme de pouvoir, la tension du malheureux humain, arrivé à l'impossible carrefour de toutes ses vies, Mitterrand a dérapé. Quel besoin avait-il de parler "d'hommes de quarante ans" ? D'ajouter que ses partenaires avaient "son âge, peut-être cinq ans de moins", ce qui ne peut que faire sourire quiconque a vu un reportage sur les bordels thaïs, ou lu Houellebecq ?

Le voici englué dans son mensonge. On devrait s'en fiche. On devrait se contenter de la condamnation, par le politique d'aujourd'hui, du tourisme sexuel. On devrait le juger sur Hadopi, sur la commission Zelnik, sur Polanski., sur ses actes et ses paroles de ministre. Mais non. Littérature, confession publique télévisée, politique : nous sommes tous prisonniers de la confusion qu'il a lui-même créée. Lui-même, et ceux qui en toute connaissance de cause, ont placé là cet insaisissable objet.

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