Logement : les cinq euros de la bienveillance
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Logement : les cinq euros de la bienveillance

Pour tenter de sauver les meubles dans la bataille des cinq euros de baisse des aides au logement

, Emmanuel Macron, devant les préfets rassemblés, "appelle publiquement" les propriétaires à "baisser leurs loyers de cinq euros". Immédiatement, comme il était prévisible, les ricaneurs de Twitter fondent sur le burlesque appel, sous la bannière-hashtag commune  #appellecommemacron. "J'appelle publiquement toutes les personnes à respirer 5% de moins, pour réduire les rejets de CO2" "J'appelle publiquement tous les Français à venir travailler gratuitement" Etc.

A la différence du twittos ricaneur, l'éditorialiste radiophonique du matin est investi d'une mission : tenter de chercher, fût-ce à la lanterne, la cohérence de la pensée présidentielle, à défaut de sa pertinence. C'est une mission utile (et je suis sérieux). Il faut apprendre à penser contre son propre ricanement. Sur France Inter, Dominique Seux rappelle que Macron avait fondé sa campagne sous le signe de la bienveillance. Revoici donc la bienveillance : cohérence totale. Sur France Culture, Frédéric Says évoque le modèle américain. Après tout, Bill Gates ne vient-il pas de donner, sous forme d'actions, plus de 4 milliards de dollars à des oeuvres caritatives ? Pourquoi les mini Bill Gates français, propriétaires d'une chambre de bonne ou d'une studette, ne suivraient-ils pas le grand exemple ? Et Kennedy ! Kennedy n'avait-il pas déclaré : "ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays". Suprême habileté macronienne (Seux et Says se rejoignent sur ce point, à croire qu'ils ont reçu la même explication de texte) : Macron dilue ainsi, aux yeux des citoyens et des sondés, la responsabilité de la mesure impopulaire, la faisant reporter sur l'égoïsme des propriétaires. Bien joué !

Conclusion : loin d’être un moment d’égarement, cet appel public exprime une vision générale. Aux "acteurs du logement", locataire et propriétaire, de discuter calmement entre eux, avec bienveillance. La même bienveillance qui doit guider, dans les entreprises, salariés et patrons. Ça se tient. C'est cohérent. C'est une vision cohérente. Une vision cohérente d'une autre planète, assez éloignée de la nôtre, essentiellement peuplée de conseillers ministériels et d'éditorialistes politiques, mais entre lesquels, en effet, règne une parfaite cohérence.

Auréole

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