Le promeneur des Tuileries
Le matinaute
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chronique

Le promeneur des Tuileries


Deux hommes marchent dans le jardin des Tuileries. Grandes allées désertes. Le fond sonore cristallin de quelques rires d'enfants. En toile de fond, le Louvre. Bernard Tapie a réservé à Laurent Delahousse sa première interview sur son cancer de l'estomac, dans une mise en scène démarquée (inconsciemment ?) de l'affiche du film de Robert Guédiguian Le promeneur du Champ de Mars, consacré aux derniers mois de François Mitterrand malade.

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La mâchoire de Nanar a toujours son coup de dents. La tignasse est décimée par la chimiothérapie. Tapie est soigné à l'hôpital Saint Louis. "L'hôpital public" remarque Delahousse. Tapie : "y a des moments dans la vie où il faut qu'on retombe sur terre. Le dévouement de ces gens. Ma nature d'origine c'est d'être en bas de l'échelle". Accessoirement, c'est peut-être dans cet hôpital que les soins sont les meilleurs. Allez savoir...

En bas de l'échelle. Ou "dans le tiroir du bas". L'expression revient souvent. "Ma vie, ça n'a rien été d'autre, que de dire çà ceux qui sont dans le tiroir du bas : eh les mecs, y a pas de raison que vous y restiez". Et après avoir consacré sa vie à prôner l'ascension sociale par l'exemple, Tapie donne aujourd'hui des leçons de lutte contre le cancer. "Conseil de vie aux malades : ce qui marche, c'est l'énergie. Je me lève le matin avec l'envie de lui péter la gueule, au cancer." Et C'est pour cette raison qu'ils marchent, tous les deux. Pas question, le crabe, de l'attendre dans un rocking chair. Et Tapie prononce cette phrase, que Delahousse a fait buzzer sur les réseaux sociaux depuis plusieurs jours, pour teaser le grand moment de télé :"Quand on a 70 ans et plus, faut accepter qu'on va aller vers l'épreuve ultime, qu'est... qu'est la mort".

Impossible interview un pied dans la tombe, aux règles du jeu faussées. Poser à Tapie de basses questions d'argent, ce serait agresser un grand malade. Delahousse le sait bien. Pas question de prononcer les mots "escroquerie en bande organisée", motif pour lequel Tapie pourrait ecomparaître devant le tribunal correctionnel, au terme d'une enquête en cours. Il se lance prudemment. Parle de l'affaire qui a"essoré" Tapie. S'enquiert :"Où en êtes-vous ? Vous êtes ruiné ?" Tapie ne répondra pas. Ne pas parler de son procès en cours. On n'est pas là pour ça.

Sauf un peu, tout de même. Pourquoi Tapie, interrogé en Belgique sur "l'acharnement" dont il serait victime, a-t-il répondu à un journaliste : "demandez à mon estomac" ? Tapie : "Mon cancérologue, je lui dis mais pourquoi j'ai une tumeur aussi grave à l'estomac, alors que en général c'est les gens qui boivent bien, qui fument bien. Il me dit, vous savez ce que c'est, l'expression populaire se faire de la bile ? Ben je dis oui. Il dit ben voilà. Vous avez compris pourquoi vous avez un cancer". Ben voilà. Les responsables du cancer de Tapie, ce sont tous ceux, sous le quinquennat Hollande, qui n'ont pas entravé le cours de la Justice. Et tous ceux, vous, moi, tout le monde, qui ont simplement espéré l'annulation du fameux "arbitrage", soigneusement millimétré au plus haut niveau sous le quinquennat Sarkozy. Tous responsables. C'est dit. Sans objection de son camarade, qui laisse Tapie, comme depuis toujours, nous promener gentiment.

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