le cri du coeur de "Bercy"
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le cri du coeur de "Bercy"

Vous avez déjà entendu un ministère pousser un cri du coeur ?
loup de carnaval

Il y en a un qui a eu cette chance, c'est Philippe Le Coeur, journaliste au Monde, et tenancier du blog "contes publics". "C'est un bonus, et nous en aurons bien besoin" s'est exclamé "le ministère" des Finances, en commentant hier la réforme des retraites que Woerth venait à peine de dévoiler. O divines mesures, qui feront baisser le déficit public de 0,5 % dès 2013, s'est on félicité "dans l'entourage de Christine Lagarde", ou encore "auprès de Christine Lagarde". Et 2013, c'est important, précisent Les Echos, car il s'agit avant tout, avec cette réforme, de "vendre la dette française". Et lémarchés, qui vont acheter de la dette française, ne veulent pas entendre parler de 2020. 2020, c'est loin. C'est le siècle prochain. "Le marché se focalise actuellement sur un horizon de trois à quatre ans", précisent Les Echos. Il faut que l'orange crache son jus. Et tout de suite.

Mais qui donc, "dans l'entourage" de Lagarde, s'est autorisé ce "cri du coeur" devant la presse ? Le chroniqueur économique de France Inter, Philippe Lefébure, vendait la mèche ce matin : à peine la conférence de presse de Woerth terminée, à peine éteints les projecteurs, les journalistes économiques étaient conviés à Bercy, sans caméras, sans projecteurs pour qu' "on" leur explique comment le plan Woerth allait servir d'argument de vente aux acheteurs de dette française. Lefébure, qui est discipliné, et veut garder son job à France Inter, ne le disait pas, mais laissait clairement comprendre que c'était Lagarde elle-même, qui poussait ce grand "cri du coeur" anonyme. Lequel cri du coeur n'a d'ailleurs pas forcément convaincu ses destinataires : Libé nous apprend ce matin que lesprède n'a pas bronché. (mais il est vrai que d'autres disent le contraire). Comment ? Vous ne connaissez pas encore lesprède ? Vous allez faire connaissance. C'est l'écart de rémunération des obligations d'Etat à dix ans, entre la France et l'Allemagne. Autrement dit le thermomètre comparatif de notre sérieux et de celui de nos amis allemands. Le thermomètre des connaisseurs, le vrai, pas la courbe du CAC 40, qui ne sert qu'à en mettre plein les yeux aux ploucs qui regardent TF1 (j'espère au moins que vous avez compris ça, depuis qu'on vous fait donner des cours particuliers par Lordon, Jorion, Mélenchon, et les autres). La cavalcade vers les 62 ans par paquets de quatre mois, au lieu de trois, par exemple, c'est pour impressionner lesprède.

A quelque chose, malheur est bon : la crise aura au moins eu ce mérite de braquer les projecteurs sur le second public de tous les tours de vis gesticulatoires gouvernementaux : investisseurs, spéculateurs, prêteurs, quelle que soit la manière dont on les appelle, et agences de notation. Elle aura eu le mérite de faire voler en éclats la fiction démocratique, et de faire apparaître les gouvernants nationaux comme ce qu'ils sont devenus : des débiteurs terrorisés, qui tentent de se rendre présentables avant le rendez-vous les chez le banquier. Disons, une partie des projecteurs. Le grand public, qui n'écoute malheureusement pas Lefébure avec toute l'attention requise, et ne lit pas encore votre site préféré, sera vraiment informé quand la moitié des projecteurs de chez Woerth se transporteront dans le briefing anonyme de "Bercy".

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