Lanceurs d'alerte : enfin une loi ?
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Lanceurs d'alerte : enfin une loi ?

Enfin une loi de protection des lanceurs d'alerte. Disons, quelques articles d'un projet de loi

, présenté au conseil des ministres d'aujourd'hui, et qui porte le nom de Sapin 2. Cette fois, après tant d'atermoiements, ce sera peut-être la bonne. Il faudra être attentif au débat parlementaire. Aux objections qui ne manqueront pas. Car il y a toujours de bonnes raisons de ne pas protéger le lanceur d'alerte, cet emmerdeur. Il ne faut pas mettre en danger l'industrie française du médicament. Il ne faut pas mettre en danger la sécurité des Français (raison pour laquelle un amendement a été retiré du projet de loi renseignement par le gouvernement en juin dernier). Il ne faut pas jeter la suspicion sur les entreprises françaises (qui ne sont certainement pas plus corrompues que les autres)

Reste que ce projet de loi est une bonne chose, un petit pas dans la bonne direction, etc. Pour l'instant, le lanceur d'alerte français est protégé par cinq textes différents, comme on le détaillait ici. Mais qui dit cinq parapluies, dit trous entre les parapluies. Pour l'instant, c'est une protection à trous. Certes, la loi Sapin 2 ne bouchera pas tous les trous. Par exemple, elle ne protègera pas Jean-Baptiste Rivoire, rédacteur en chef adjoint de Spécial Investigation, sur Canal+, dont Le Canard Enchaîné assure qu'il serait, avec d'autres, dans le viseur de Bolloré. Il faut dire que Rivoire n'a pas dénoncé des faits de corruption. Il s'est contenté de dénoncer l'emprise de la censure sur une grande chaine privée française. Une loi ne peut pas penser à tout. Rivoire restera donc vraisemblablement dans un trou.

Ce n'est pas une raison pour ignorer les avancées du projet de loi. Arrêtons-nous sur une de ces avancées. La nouvelle agence anti-corruption "prendra à sa charge les frais de Justice des lanceurs d'alerte, s'ils doivent se défendre contre des attaques ou des sanctions injustifiées", assure Sapin. Très bien. C'est l'aspect le moins médiatisé de l'affaire. Car s'il est invité partout, au plus fort de "son" affaire, le lanceur d'alerte n'est pas ensuite... tiré d'affaire. Ensuite, quand les projecteurs se sont détournés, commence un long calvaire silencieux de placardisation usante et humiliante, de procès de toutes sortes, qui dévorent sa vie, et le laissent sur la paille. Il faut lire dans le détail ce témoignage de Stéphanie Gibaud, sur son nouveau blog de Mediapart, passé un peu inaperçu. Stéphanie Gibaud, la lanceuse d'alerte de la banque UBS, nous la recevions ici l'an dernier. Elle racontait toutes ces petites agressions qui détruisent la vie de celui qui a décidé de l'ouvrir, et contre lesquelles une loi, si débordante de bonnes intentions soit-elle, aura bien de la peine à lutter.

Je disais qu'il faut lire le témoignage de Stéphanie Gibaud. On peut aussi (si on n'est pas trop allergique à la pub) l'écouter sur RMC, chez Bourdin. Car Bourdin l'a reçue la semaine dernière. Oui, Bourdin, le populiste Bourdin, sur la populiste RMC. Et les autres radios ? France Inter diffusait ce matin, au journal de 7 heures 30, une brève interview enregistrée de Gibaud. Mais Cohen avait préféré, la veille, recueillir la bonne parole du ministre Sapin. Sur la radio publique, les espaces rois sont réservés aux institutions : ministres, patrons, leaders syndicalistes, intellectuels du système. Les autres peuvent certes réagir, on est en démocratie, mais en pastilles enregistrées. Chacun sa place, et aucune loi n'y changera rien.

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