La centrale et la raffinerie
Le matinaute
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chronique

La centrale et la raffinerie

Tous tant que nous sommes, nous avons passé le week-end

à la centrale nucléaire japonaise de Fukushima. Samedi matin, nous avons assisté en direct à la première explosion (avant d'apprendre que ce n'était pas une explosion nucléaire au sens où on pouvait l'entendre, mais ouf, une sorte d'explosion chimique à base d'hydrogène, non sans rejets radioactifs certes, mais chimique). On a passé le week-end à suivre les dégâts des réacteurs numéros un et trois, on s'est réveillés avec des inquiétudes pour le numéro deux, on a sondé l'épaisseur de l'enceinte de confinement. Tiendra-t-elle, cette muraille de béton armé, d'un mètre d'épaisseur, ou bien l'accident se transformera-t-il en vraie catastrophe ? On a tenté de se rassurer en s'accrochant à des comparatifs dont on ne savait pas très bien ce qu'ils comparaient, mais peu importe. Plus grave, moins grave, que Tchernobyl, ou Three Miles Island ?

Les dix mille morts du tremblement de terre et du tsunami, les cent trente mille (?) sinistrés et déplacés, en sont presque passés au second plan. Quant aux raffineries et aux complexes pétrochimiques en feu, à Ichihara, dans la région de Tokyo (photo ci-dessous), ou à Shiogama, entrevus presque par accident sur les vues aériennes, qui s'en est vraiment soucié ? Combien de morts dans ces incendies-là ? Comment sont-ils combattus ? Avec quels dégâts ? Quels risques pour les populations environnantes ? Mais non. Ce suspense-là ne nous intéresse étrangement pas, tant le nucléaire concentre sur lui toutes les angoisses.

A France Inter ce lundi matin, les envoyés spéciaux s'étonnaient presque de voir la télé japonaise si discrète sur les dangers de la centrale de Fukushima. La NHK, en effet, est peut-être outrageusement discrète sur ce risque de catastrophe nucléaire majeure, bien réel évidemment, mais qui n'est (à l'heure où j'écris) qu'un risque. Mais peut-être aussi simplement chacun passe-t-il les informations qui le mobilisent au filtre de la hiérarchie, plus ou moins consciente, de ses propres angoisses.

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