Joffrin, Maler, et ma panne de réveil
Le matinaute
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chronique

Joffrin, Maler, et ma panne de réveil

...justement le jour où il n'aurait pas fallu

"On dit banlieues. Mais Levallois et Neuilly sont aussi des banlieues.

On dit banlieues sensibles. Mais sensibles à quoi ? Pourquoi ne dit-on pas banlieues populaires ?" Tiens, une voix inconnue sur France Culture. Tiens, une voix, mine de rien, qui fracasse la novlangue des radios du matin. Et le matin ! Et à la radio ! Mais qui est-ce donc ? Alerte à bord ! C'est Henri Maler, d'Acrimed (et dire que j'ai raté le début pour cause de panne de réveil). Maler à la radio. Et sur une radio (quasi) grand public. Et révélation : il a une vraie, une belle voix de radio, Maler. Une voix dans laquelle on sent souffler la pensée accumulée en vingt ans d'abstinence radio. Il devrait y aller plus souvent. Henri Maler, si tu m'entends... Fin du message personnel.

Face à lui, France Culture, pour la seconde partie, a invité Laurent Joffrin, directeur de Libération. Et ce qui devait arriver arrive : Maler ne peut pas placer trois mots, sans être interrompu par les sarcasmes joffriniens, modèle breveté. Je renonce à vous en donner le script : de saisissement, je n'ai rien noté. Acrimed vous le donnera sûrement, dans quelques jours. Mais voilà le sens général : Maler traite Joffrin d'arrogant omniprésent des ondes, qui interrompt toujours tout le monde ; et Joffrin l'interrompt pour lui expliquer qu'il a bien le droit de l'interrompre, le débat étant contradictoire. CQFD. J'ai tout de même pris deux citations au vol (saluez l'exploit). Maler : "un débat, ça consiste à échanger des arguments. Pas à mordre les mollets de ses interlocuteurs. Il est un concentré de ce qu'il y a de pire dans l'éditocratie". Joffrin : "Vous m'avez déjà posé une question, à moi ? Venez à Libé, je vous invite, ce matin, demain, quand vous voulez. Interrogez la société des rédacteurs. Vous verrez si on est sous la coupe de Drahi".

Dialogue de sourds. L'éternelle confrontation entre un radical de la logique des médias, et un radical de la logique universitaire, débat qui nous avait déjà (courtoisement) opposés à Maler, sur notre plateau, en 2010. Et débat, me semble-t-il, légèrement dépassé aujourd'hui, à l'heure de Trump, des réseaux sociaux, de la fachosphère, de la complosphère, à l'heure où les messages médiatiques mutent plus vite que leurs poursuivants et leurs analystes. Quand Joffrin reproche à Acrimed de s'acharner sur lui sans jamais l'avoir "appelé" pour recueillir son "point de vue" (285 résultats pour la recherche "Joffrin" sur Acrimed, j'aurais juré qu'il y en avait davantage), il lui reproche au fond d'être ce qu'il est : un pur site d'analyse des contenus médiatiques. Est-ce à dire qu'il ne puisse exister aucune critique des medias dans la sphère médiatique, avec les méthodes journalistiques traditionnelles, par exemple celle de l'enquête contradictoire, du compte-rendu impartial, ou de la chronique d'humeur subjective et arbitraire, et présentée comme telle ? C'est justement ce que nous tentons de faire ici, tous les jours, chaque semaine, chaque matin, pannes de réveil incluses.

Réveil matin pop-art La Vache qui rit

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