Impôts : 1788, on y est
Le matinaute
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chronique

Impôts : 1788, on y est

Surprise du matin, revoilà la réforme fiscale. La vraie, la grande.

C'est le Premier ministre qui l'annonce dans une interview aux Echos. Ne rêvons pas. Ayrault ne prononce pas le mot "réforme". Il parle simplement de "remise à plat, en toute transparence". Mais c'est bien ce dont il s'agit. Aux journalistes qui lui demandent si cette remise à plat inclura la fusion CSG-impôt sur le revenu, promise ("à terme") par le candidat Hollande, Ayrault répond : "cette question fera partie du débat".

Rappelons de quoi il s'agit : tout simplement, de rendre l'impôt direct sur les personnes simple et juste. Car il ne l'est pas. Si vous ne l'avez pas encore compris, vous n'avez aucune excuse, depuis le temps qu'on vous le répète ici. Pour un rattrapage, Thomas Piketty l'expliquait dès 2011 à notre éconaute Anne-Sophie Jacques, avant d'être totalement "tricardisé" par le  PS. En substance, il s'agit de mettre la main sur un trésor inexploité, la fameuse "assiette de la CSG", celle qui frappe tous les revenus, salaires, allocations, dividendes, loyers, tout ce que vous voulez. Et de lui appliquer un barème progressif. On a le choix du barème, expliquait Piketty. On peut choisir un barème centre-gauche, un barème gauche, un barème gauche toute. Ce qu'on veut. Il avait même, Piketty, fabriqué un joujou, avec lequel vous pouvez concevoir votre propre réforme fiscale, triturer les barèmes, et contempler les résultats. Et la semaine dérnière encore, sur notre plateau, il n'en démordait pas.


Dissipons tous les fumigènes, et disons les choses : cette réforme de l'impôt n'est pas seulement une réforme parmi d'autres. C'est LA réforme. La seule importante, la seule vraie, la seule capable d'offrir à l'Etat l'outil qui lui permettra de mener une politique égalitaire (ou pas). C'est la réforme que les gouvernements ont tout fait pour éviter, y compris, pour le pouvoir actuel, après l'avoir promise, et qu'ils annoncent vouloir maintenant entreprendre, le dos au mur. Elle est annoncée en quasi-catimini par Ayrault, pendant que Hollande est à l'étranger ? Bien entendu. Elle est manifestement entreprise à contrecoeur ? Bien sûr. Elle va se heurter à des oppositions féroces, auprès desquelles les bonnets rouges, les clubs de foot et de poney, Frigide Barjot, sont des enfants de maternelle ? C'est évident. Mais aucune importance. Ce qui compte, c'est que le gouvernement n'a pas le choix. Politiquement, l'événement est très comparable la convocation par Louis XVI des Etats généraux, en 1788, pour les mêmes raisons, de pays ingouvernable, d'injustice profonde, et de caisses vides. Une page s'ouvre, blanche, vertigineusement blanche.


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