France 2 se mouille pour nous
Le matinaute
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chronique

France 2 se mouille pour nous

Ça monte. Ça monte encore. Pujadas ne va donc parler que de ça.

On ne va pas parler des trois enfants et adolescents blessés par la police à Saint-Malo dans le déblocage de leur collège menacé de fermeture. Non. Ni de la manif de Rennes chargée (c'est une innovation) en camionnette de police. Non. Rien de tout cela dans les titres. Les crues, et encore les crues. Soit. Comment s'écrit la crue en langage Pujadas ? Avec toutes sortes de véhicules. Tracteurs (1). Barques (6). Kayaks (2). Hélicos pour hélitreuillage d'octogénaires (2). Hélico pour embarquer la caméra (1). Drônes pour vues aériennes sur les rues englouties des centres-ville. Entremêlées à cette foire-exposition, des passions humaines. Le dévouement (policiers, pompiers et secouristes), le désarroi des évacués, l'entêtement des fortes têtes qui font n'importe quoi (barque sur la Seine, récupération de chat après évacuation, etc).

En vedette, omniprésente, l'eau. L'eau que vous voyez, là, juste derrière moi, à mes pieds, à mes bottes, au bout de mon bras tendu pour bien vous indiquer ce que vous devez regarder, l'eau au courant puissant (scoop), l'eau qui baisse (regardez cette boîte aux lettres jaune, ce matin on ne la voyait pas, maintenant elle apparait). Au fil des premières minutes du journal, France 2 parcourt le Loing, l'Orge, pour finir, majestueusement, comme les rivières elles-mêmes, par se jeter dans la Seine, où nous attend, à Paris, un dernier envoyé spécial.

Pujadas : "Bonsoir Laurent Desbonnets, vous êtes en direct à Paris, et en situation comme on dit, vraiment en situation". "Vraiment" en situation : Pujadas tease ce qu'on va voir. Mais "comme on dit" : cette mise à distance du jargon professionnel précise qu'il n'est pas dupe de la mise en scène qu'il a préparée pour nous. Donc, l'envoyé spécial à Paris est "vraiment" en situation. Pas comme les mauviettes du 77, non. A capitale du pays, risque capital, à ville-lumière, pétage total de plombs. Un zoom arrière nous montre en effet que Laurent Desbonnets, sur les quais de Seine, et sur inévitable décor de tour Eiffel, se mouille à fond pour nous, de l'eau jusqu'à mi-cuisses. Et en direct, voici qu'il se met en mouvement, se dirige vers le bord invisible de la berge, vers le grand basculement possible -merci pour l'exemple donné aux enfants. Mais les meilleures choses ont une fin. Pujadas : "Merci Laurent, et n'allez pas plus loin". Pourquoi donc ? Un belle et bonne noyade devant les caméras, ce serait l'apothéose. Un risque du direct, comme on dit.

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