Finkielkraut, Copé, Sarkozy : la compétition des souffre-douleur
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Finkielkraut, Copé, Sarkozy : la compétition des souffre-douleur

Il a trouvé la formule du jour, Finkielkraut, avec la "presse Pigasse".

Pigasse, cette incarnation d'une "nouvelle élite arrogante et barbare", dont la presse a mis sa tête à prix, gémit le nouvel académicien au micro de Léa Salamé, sur France Inter. Sans doute. Mais qu'est-ce que la "presse Pigasse", dans le panorama d'aujourd'hui ? Les Inrocks, L'Obs, Télérama, et même Le Monde : un recoin, un réduit, une survivance du siècle dernier, certes idéologiquement homogène, mais dont la sphère d'influence se réduit de mois en mois. Un filtre des légitimations culturelles et idéologiques, sans doute, une machine à sélectionner les créateurs dignes d'intérêt, les bonnes pratiques, et les penseurs qui pensent bien, mais percé de partout -et d'une certaine façon, tant mieux. Finkielkraut a sans doute toute la presse Pïgasse contre lui, mais il a avec lui, en pâmoison, tout le reste. Il a les radios, les télés, Le Point, France Culture, France Inter, les prime time de Pujadas avec le copain Cohn-Bendit. Et les semaines où il ne squatte pas directement, il les inspire, par Zemmour, Polony, Fourest interposés. C'est toute cette presse, qui s'apprête à célébrer son intronisation à l'Académie, avec une pompe digne des funérailles de Victor Hugo.

Ces dominants, porte-parole des dominants, porte-voix des dominants, défenseurs des intérêts des dominants, qui s'échinent à occuper sur l'avant-scène la place des dominés, des parias, des rejetés, des souffre-douleur de la récré. Cette compétition de qui aura la plaie la plus saignante, le plus gros bleu, le coeur le plus parfaitement palpitant. Vous pensiez que Copé était l'ex-chef de la droite ? Non. Il n'est que le papa meurtri d'une petite Faustine, six ans -"elle en avait quatre à l'époque", qui s'est fait "un énorme oeil au beurre noir" quand papa a été débarqué de l'UMP. Et les divans du service public s'ouvrent à ces extravagances -si vous croyez que j'exagère, regardez donc la chronique de Didier Porte.

Il ne manquait que Sarkozy, qui s'efforce à son tour de recoller au peloton des éclopés. "Votre plus grand adversaire en vous-même ?" lui demande Thierry Demaizière, l'intervieweur intimiste de TF1 -excellent dans l'exercice, soit dit en passant. Réponse : "l'illégitimité". Vous ne vous en étiez pas rendu compte, mais Sarkozy, même quand il hyperprésidait, même quand il faisait valdinguer les préfets coupables d'avoir laissé piétiner la pelouse du copain Clavier, même quand il agonissait d'injures les juges, les fonctionnaires et les chercheurs -mais il s'en repent, il y a donc prescription- s'est toujours senti "illégitime". Dans la galerie des souffre-douleur, ne manquait plus que le petit bâtard. On l'a. Au moins, la Hollandie nous épargne-t-elle ce spectacle-là. On aurait presque envie de les remercier.

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