Camouflage féministo-réac, mode d'emploi
chronique

Camouflage féministo-réac, mode d'emploi

Et si on regardait Le Media, pour changer ? Au soir d'une journée colonisée, sur les chaînes d'info, par le 258e rebondissement de l'assassinat d'une fillette, et une interview exclusive du logeur de Daech, Aude Lancelin propose un débat, spécial journée des droits des femmes, sur les suites de #metoo. Parfait. Invités, un sociologue de gauche, Raphaël Liogier, une sénatrice EELV (Esther Benbassa) et un député France Insoumise (Ugo Benalicis). Re-parfait. Ah, et aussi un visage inconnu, que Lancelin présente comme "professeur de philosophie, membre de la revue Limite, et auteur de "Mon corps ne vous appartient pas". Elle s'appelle Marianne Durano.

Concentration de gens intelligents, écoute courtoise, excellente et reposante émission. Et puis, chacun.e ayant fait son tour de piste, vient donc le tour de Durano. Très humblement, elle "émet une hypothèse". Elle voudrait "essayer de comprendre pourquoi les femmes sont systématiquement dévalorisées en politique". Chic ! Justement, on aimerait savoir. "On ne parle jamais du corps masculin, alors que les femmes sont toujours suspectes de représenter, entre guillemets, les femmes, leur camp, comme si elles étaient les seules à être sexuées". OK. Mais encore ?  S'ensuit un monologue, où l'on croit comprendre que ce sont les lois sur la parité, et la féminisation des titres, qui sont responsables de cette assignation des femmes. On a dû mal comprendre. Replay. Verbatim : "Toutes les lois sur la parité, ou le fait de dire Madame la ministre,  ne seraient-elles pas une manière de renvoyer les femmes à leur sexualité féminine, à leur statut de femmes ? Et donc finalement ne pas favoriser le fait qu'une femme puisse représenter la communauté nationale aussi bien qu'un homme" ?

C'était bien ça. Courtoisement renvoyée dans ses cordes par Liogier, Durano n'insiste pas. Discrète retraite : c'était "une hypothèse", n'est-ce pas.

Quelques minutes plus tard, seconde tentative, à propos de la contraception proposée aux adolescentes. Cette fois, Durano n'émet plus "une hypothèse", mais elle fait "un petit pas de côté".  Verbatim : "Quand elles commencent à être pubères, on les amène voir un gynécologue, pour qu'elles se rendent disponibles au désir des hommes." Dégainant le concept de Foucault de biopouvoir, elle poursuit :  "quand une jeune fille, dès qu'elle commence à avoir des rapports sexuels, est sommée d'aller s'exposer devant un médecin, de le laisser manipuler son corps, corps qui n'a peut-être jamais été touché par un homme (ah tiens, on croyait qu'elle avait déjà des rapports, NDR), dans le but de la préparer à l'acte sexuel, il y a l'idée que son corps est manipulable, elle apprend à serrer les dents dans la relation médicale, il y a aussi l'idée qu'elle doit se méfier de son corps, et donc elle n'apprend pas à l'aimer".

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