Elise Labott, suspendue d'urgence de CNN
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Elise Labott, suspendue d'urgence de CNN

Il y en a au moins une qui va apprendre à se la boucler, c'est notre consoeur Elise Labott, journaliste à CNN.

Hier, elle fait un tweet : "le parlement vote une loi qui pourrait limiter l'accueil des réfugiés syriens. La statue de la Liberté s'angoisse". Pas méchant. Pas révolutionnaire. On est loin de Noam Chomsky. Le tweet, très corporate, renvoie à un article de sa propre chaîne, sur cette loi qui, en effet, pourrait entraver l'entrée aux Etats-Unis de Syriens, mais aussi de ressortissants d'une trentaine d'autres pays, selon le FBI (qui y est apparemment opposé). On a gazouillé pire. Et vlan, la sanction tombe : Labott est suspendue quinze jours par sa chaîne. Et le lendemain, toujours sur Twitter, plates excuses : "j'ai eu tort d'éditorialiser. Mon tweet était inapproprié et irrespectueux. Sincères excuses".

Il suffit de regarder le compte Twitter d'Elise Labott, pour voir qu'elle a l'habitude de tweeter ce qu'elle pense. Elle est tout aussi pugnace à l'antenne, d'ailleurs, c'est une journaliste "à l'américaine", comme dans ce point de presse du porte-parole du Département d'Etat, qu'elle harcèle sur l'interdiction des vols vers l'Egypte, après l'attentat du Sinai contre l'avion russe. Mais sur Twitter, elle se dévoile, comme bon nombre de journalistes qui tweetent. C'est la règle de ce drôle de jeu. Les journalistes, plus ou moins obligés de taire leurs opinions profondes dans leurs articles, se lâchent sur les réseaux sociaux. Les lecteurs les plus avertis ont pris l'habitude de cette double lecture. La plupart des medias encouragent cette pratique schizophrène. Ils pensent gagner ainsi sur les deux tableaux : je suis un grand professionnel impartial, voyez mes articles. Mais je suis aussi une grande gueule, un être de chair et de sang, aux convictions bien ancrées, voyez mes tweets. C'est une des réponses inventées par les grands medias verticaux au défi de l'horizontalité des réseaux sociaux. Ce n'est pas plus bête qu'autre chose. En tous cas, c'est fini.

Suspendue quinze jours, Elise Labott. Silence dans les rangs. Ce n'est pas Fox News qui l'a ainsi sanctionnée, c'est CNN, que l'on pensait plus... centriste que Fox News. CNN ? Ah oui, la même chaîne qui, voici quelques jours, harcelait un militant anti-islamophobie, à Paris, sur le thème "vous les Musulmans, tous un peu coupables". On ne connait pas, à l'heure où j'écris, les raisons avancées par CNN à cette suspension de quinze jours (si toutefois la chaîne a avancé des explications). Le pire, quand l'état d'urgence s'empare des medias, ce n'est pas Fox News. C'est quand tous les autres se sentent obligés de s'aligner sur les standards Fox News.

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