Du bon usage de la détention provisoire
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Du bon usage de la détention provisoire

Des nouvelles de

l'agression de la voiture de police, quai de Valmy, à Paris, au printemps dernier. Toutes les télés avaient montré les images du courageux policier esquivant les coups de tige d'un manifestant. L'enquête progresse. Un homme de 39 ans, Nicolas F., a reconnu avoir porté ces coups de tige à l'adjoint de sécurité Kevin Philippy, nous apprend Le Monde. On n'en sait pas davantage sur lui, sinon que Le Monde précise, étrangement, qu'il est "petit fils d'officier militaire" (il y a des officiers non militaires ?) et "ancien scout". "C'est inqualifiable et injustifiable, j'ai honte de moi" a-t-il déclaré aux enquêteurs. Deuxième coupable présumé (e) : "Kara, une Américaine transgenre de 27 ans" : "je suis vraiment désolée et j'ai honte".

Saluons donc la progression de l'enquête. Mais le plus intéressant est ce qui suit. Dans cette affaire, les enquêteurs avaient d'abord soupçonné quatre "militants antifascistes" . Le Monde cite : "Antonin Bernanos, son frère Angel, Bryan M. et Léandro L. avaient été désignés dès les premières heures par un témoin anonyme, qui s’est rapidement révélé être un policier". Angel Bernanos "a le sentiment que «les RG [renseignements généraux] "ont pris la liste des mecs présents à la manifestation et nous ont désignés. Et, à partir de là, ils ont essayé de nous faire correspondre au profil des attaquants.» Il faut se souvenir du contexte. Le gouvernement était alors dirigé par une sorte de pyromane ultra-sécuritaire, du nom de Manuel Valls (simple homonymie avec le candidat socialiste du coeur du coeur de la gauche, qui veut aujourd'hui allumer "la lumière dans les yeux" de la jeunesse), lequel avait appelé à des sanctions "implacables" contre les auteurs de l'agression.

Deux des quatre premiers soupçonnés ont été libérés dès le 24 mai, le troisième fin juin. Le dernier, Antonin Bernanos, est encore à Fleury-Mérogis, depuis plus de six mois, donc. Pourquoi lui ? Il est, précise Le Monde, le seul que le policier-témoin désigne précisément comme "ayant frappé le policier quand il était encore dans le véhicule". On a pu juger par ailleurs de la fiabilité du policier-témoin. Le 2 décembre, le juge des libertés et de la détention a d'ailleurs ordonné sa mise en liberté. Le parquet (hiérarchiquement soumis au gouvernement) a fait appel (pour que Antonin Bernanos, donc, reste détenu). "Un automatisme dans ce dossier", précise Le Monde. (Question : si c'est un "automatisme", pourquoi a-t-on besoin de magistrats du parquet ? D'efficaces logiciels ne suffiraient-ils pas ? N'y a-t-il pas des postes à supprimer ?) Antonin Bernanos devrait être fixé sur son sort dans les jours qui viennent.

Allez savoir pourquoi, le sort d'Antonin Bernanos m'évoque deux autres jeunes gens, eux aussi en détention provisoire à l'heure où j'écris, Baguy et Youssouf Traoré, frères d'Adama Traoré. Ils sont en détention depuis le 23 novembre dernier. La Cour d'Appel vient de rejeter leur demande de référé-liberté. Ils sont mis en cause pour violences et outrages à l'encontre de huit gendarmes et policiers municipaux de Beaumont sur Oise, et certainement par des témoignages de la plus haute fiabilité. Si vous voulez en connaitre les détails, toute l'affaire est déroulée ici. Encore un mot : Assa Traoré, soeur d'Adama, Baguy, et Youssouf Traoré, sera l'invitée de notre émission cette semaine.

Mise à jour du 08/12/2016 à 16h48 : Les deux frères d'Adama Traoré sont en détention depuis le 23 novembre, et non le 17, comme écrit dans la première version de cette chronique. 


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