Débarquement : recadrages mémoriels
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chronique

Débarquement : recadrages mémoriels

Insupportable Olivier Berruyer ! Il ne lui suffisait donc pas de révéler que le site de TF1

, "faute de temps", avait caviardé l'interview de Poutine pourtant présentée comme "intégrale" sur le site de la chaîne, voici le blogueur qui saute en parachute sur les plages du débarquement, avec cette infographie sacrilège :

USA URSS pertes 2e guerre mondiale

On peut évidemment pinailler ce spectaculaire schéma. On peut rappeler, par exemple, qu'à la différence de celui des USA, le territoire de l'URSS avait été envahi par les Allemands, ce qui biaise légèrement toute comparaison. On peut malicieusement rappeler à Berruyer que parmi les soldats de l'Armée rouge, se trouvaient nombre d'Ukrainiens, ce qui justifie pleinement l'invitation en Normandie du nouveau président Porochenko (même si, à en croire Le Monde, cette invitation ne doit pas grand chose à l'équité mémorielle, et beaucoup à l'actualité). On peut surtout redire que cette disproportion ne retire rien à l'héroïsme des troupes anglo-américaines débarquant sous la mitraille des bunkers allemands.

Reste que ce schéma redit l'essentiel : que la guerre fut gagnée à l'Est, avant de l'être en Normandie. Sans le sacrifice des soldats soviétiques, pas de victoire finale. Sans Stalingrad, le débarquement anglo-américain aurait été impossible. Pourquoi, alors, ne l'enseigne-t-on pas ainsi aux petits Français ? Parce que l'Histoire est fabriquée par les contingences du moment. Parce qu'il était impossible, pendant la guerre froide, de reconnaître que la France devait sa liberté à l'URSS, analysait sur France Inter, ce matin, l'historien Denis Peschanski, président du conseil scientifique du Mémorial de Caen. Et de rappeler aussi comment l'appréciation, par les Français, du rôle de l'URSS dans la seconde guerre mondiale avait varié après-guerre, en fonction des vicissitudes politiques. Autant de rappels historiographiques bienvenus qui n'empêchèrent pourtant pas, quelques minutes plus tard, un journaliste de la station d'estimer que Poutine "gâchait un peu la fête" des commémorations du Diday. Il n'avait pas dû écouter sa propre antenne.

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