Comment donc ? Juppé serait de droite ?
Le matinaute
Le matinaute
chronique

Comment donc ? Juppé serait de droite ?

Dieu sait si on a mille raisons de détester Franz-Olivier Giesbert.

Mais un de ses grands talents d'intervieweur, c'est son art de faire s'exprimer le cynisme de ses interviewés. Face à cette anthologie à chapeau du cynisme en politique, à ses clins d'oeil appuyés, à sa complicité gluante, quiconque exprimerait un idéal, une conviction, ou même un simple scrupule, devrait avoir l'impression d'avoir roté en public. Eût-il un jour interviewé l'abbé Pierre, qu'il serait arrivé à lui faire avouer que Dieu est une bonne blague. Tout est glauque, tout est duperie, tout est vase au fond du marécage.

Le dernier à être tombé dans le piège est Juppé. Non seulement Giesbert a réussi, dans sa récente émission de France 3, à lui faire sortir une attaque stupide contre le fact-checking, mais il a aussi réussi à lui faire lâcher un sonore "je les emmerde", à propos de ceux qui le trouvent "chiant". Les deux potes sortaient-ils d'une bonne table bordelaise ? Ce "je les emmerde" va longtemps coller comme un sparadrap aux doigts de Juppé. C'est d'ailleurs ainsi que Léa Salamé l'a attaqué dans L'Emission politique de France 2, dans l'objectif transparent de l'énerver, pour faire enfin ressortir "le vrai Juppé".

Elle y est d'ailleurs parvenue, sans trop de difficultés. L'avantage avec la position d'archi-favori de Juppé, c'est que "le bonze de Bordeaux" (nouveau cliché journalistique de rigueur) ne se sent plus obligé de porter la panoplie du gars sympa, cool, et chaleureux, qui l'a aidé à revenir dans le jeu. Le "Mister Juppé" des années 90 (cassant, arrogant, droit dans ses bottes, etc) peut reprendre tranquillement le dessus sur le Docteur Alain. C'est certes plus confortable (jouer un personnage est usant, à la longue), mais c'est aussi un risque pour cette statue du "moins pire", encore en cours d'érection, et qui doit (devait ?) attirer sur lui, à la primaire, nombre d'électeurs en scooter, que l'on croyait entendre déglutir devant leurs télés, sur le mode Louis de Funès devant son chauffeur Salomon : "mais comment donc, il est vraiment de droite ?"

A propos de droite, c'est tout de même le passage Lenglet, que j'ai préféré. Monsieur Chiffres était donc venu avec un tableau (ci-dessous) démontrant qu'avec le programme fiscal Juppé, l'impôt sur le revenu d'une "famille fortunée" s'allégerait, tandis que celui d'une "famille modeste" (j'adore ces désignations) s'alourdirait. Réponse de Juppé (en substance, pour écouter, c'est ici, à partir de 54'30'') : la "famille fortunée" va ainsi pouvoir investir les impôts économisés pour aider au développement de la "start up" d'auto-entrepreneur créée par le fils de la "famille modeste". C'est une vision des choses, comment dire, sympathique. Elle est tout de même inimitable, la vieille droite, quand elle cherche des raisons présentables de servir son noyau dur. Il est dommage que Giesbert ne l'ait pas poussé sur ce point.

Juppé impôts
Partager cet article Commenter

 

Cet article est libre d’accès
En vous abonnant, vous contribuez
à une information sur les médias
indépendante et sans pub.

Déjà abonné.e ?

Voir aussi

Ne pas manquer

Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.