Ch. Leïla Moubarak. S'ad. presse intle.
Le matinaute
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chronique

Ch. Leïla Moubarak. S'ad. presse intle.

C'est ce qu'on appelle une douche froide.

Le soulèvement du Caire a-t-il une chance de renverser le régime égyptien ? "Aucune !" répliquait à Patrick Cohen le diplomate Boutros Boutros-Ghali, en direct du Caire. Et vlan pour France Inter, qui avait ouvert son journal de 8 heures par un reportage haletant sur la journée de tous les dangers, au Caire. Et l'ex-secrétaire général de l'ONU de renvoyer les journalistes français, qui guettent fiévreusement la "contagion" tunisienne dans le monde arabe, à leur "tuniso-centrisme". La proximité de la France avec la Tunisie les aveuglerait. Moubarak est aimé des Egyptiens, il "sait leur parler". Et Mohammed El Baradei, le prix Nobel égyptien, rentré précipitamment au Caire, sacré "homme providentiel' par la presse mondiale, et qui se proclame prêt à assurer une transition pacifique vers la démocratie ? "Inconnu dans son propre pays", tranche Boutros-Ghali.

Sans préjuger évidemment de la suite des événements (Boutros-Ghali, 89 ans, est l'aîné de Moubarak, et son analyse n'est pas forcément la plus lucide sur la jeunesse égyptienne), l'ultra-médiatisation des émeutes du Caire met en lumière deux biais fréquents de l'information. D'abord, l'emballement qui succède rituellement aux longs silences. On a raté la Tunisie, on ne va pas tout de même pas rater l'Egypte ! Traumatisés (à juste titre), comme les politiques, par leur cécité avant la révolution tunisienne, les journalistes français doivent se jurer qu'on ne les y reprendra pas (à ce sujet, lire d'ailleurs dans Le Monde le dernier télégramme adressé à Paris par l'ambassadeur français à Tunis, le 14 janvier. On croirait lire l'article de l'envoyé spécial du Figaro. A se demander lequel a plagié l'autre...). Et les voilà donc qui braquent leur loupe sur les trous noirs de l'information, une manif au Yemen, les prix alimentaires en Jordanie, tous sujets peu habitués à tant d'égards.

Et puis, il y a l'irrésistible tropisme de la duplication. Les manifestants cairotes crient "dégage !" à Moubarak, comme les Tunisiens (et en français dans le texte, quel hommage à 89) ? Ils s'organisent sur Twitter, Facebook, sur leurs téléphones portables, au point que le pouvoir est obligé de les censurer ? La cause est entendue. C'est Tunis-sur-le-Nil. Même Bernard Guetta, spécialiste averti, quelques secondes avant la douche Boutros-Ghali, pénétrait la psychologie des généraux égyptiens, certainement jaloux du prestige national que se sont acquis leurs collègues tunisiens. Au casting, il ne manque qu'une Leïla Moubarak, mais en cherchant un peu...

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