Censure privée, censure publique...
Le matinaute
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chronique

Censure privée, censure publique...

On a beau verrouiller, re-verrouiller partout, vérifier trois fois les verrous

, surveiller, faire des rondes, il y a toujours des interstices. Et c'est par un de ces interstices que s'est glissé, en octobre, dans une émission de Canal+, un reportage sur l'opposition au régime togolais. Images de manifestations, de répression policière, témoignages de militants tabassés par la police : un reportage inimaginable, sur la chaîne phare de l'Empire Bolloré. La suite, on vous l'a racontée : panique à tous les étages, suppression des redifffusions du reportage fautif, effacement partout où c'était possible (mais pas partout. Les interstices, toujours...). Et sanctions envisagées contre un lampiste, coupable de ne pas avoir assez bien verrouillé..

C'est qu'il ne s'agit pas, pour Canal+, de contrecarrer les intérêts du groupe Bolloré en Afrique. Ces intérêts, on les connait bien. Au moins, on les connait si on regarde de temps en temps Complément d'enquête, qui consacrait un reportage aux intérrêts de Bolloré au Cameroun, et plus particulièrement aux conditions de travail dans les palmeraies, reportage qui a valu à son auteur, en même temps que le prix Albert Londres, une persécution judiciaire inimaginable, et juridiquement très créative, par le groupe Bolloré.

Sur la télévision publique, on ne censure pas. On n'a pas de ces mauvaises manières.On est sur le service public. Et sous l'ère Macron de surcroît, dans un régime de liberté et de bienveillance. D'autant qu'on a trouvé plus simple : l'étranglement financier. Pourquoi censurer des enquêtes dérangeantes, quand il est si simple de faire en sorte qu'elles ne soient jamais réalisées ? Et comment faire en sorte qu'elles ne soient jamais réalisées, sinon en supprimant les postes des journalistes qui pourraient les réaliser ? Au nom, bien entendu, de l'effort budgétaire, demandé à tous.

C'est la manoeuvre tentée par le gouvernement, avec la complicité active, semble-t-il, d'une partie de la hiérarchie de France Télévisions, en sabrant les effectifs des deux magazines Envoyé Spécial et Complément d'enquête. Faire tenir le sabre à une ministre de la Culture, Françoise Nyssen, par ailleurs honorable éditrice reconnue, était l'ultime raffinement du mécanisme : comment soupçonner de censure la patronne d'Actes Sud ? C'est vieux, mais ça aurait pu marcher. Quoi de plus discret que les contraintes budgétaires ? Hélas, la manoeuvre était un peu grosse : faire supporter près de 50% des suppressions de postes par les magazines d'information, qui ne représentent que 7% des effectifs de l'informationdu groupe, c'était tout de même un peu voyant. Les petits malins avaient juste oublié un détail : parmi leurs nombreuses qualités, les journalistes des magazines concernés, eux, savent compter.

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