Bouclier, ISF : quand Sarkozy "tranche"
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Bouclier, ISF : quand Sarkozy "tranche"

Peut-être n'avez-vous pas saisi ce matin la nouvelle dans toute son ampleur

, alors je vous la rappelle: le bouclier fiscal, c'est terminé. Fini. Même pas seulement quelques trous supplémentaires, non, carrément supprimé. Sauf évidemment si ça change une nouvelle fois, ce qui est toujours possible, mais peu probable. Pourquoi risquez-vous de ne pas l'avoir saisie ? Il me semble (mais ce n'est peut-être qu'une impression) que la nouvelle a été un peu noyée, ce matin, dans l'abondance de l'actualité internationale, et des habituels fumigènes annexes (jurés en correctionnelle, etc).

Et comme atténuée, aussi, par l'information jumelle: l'allègement de l'ISF. On ne sera plus riche à partir de 800 000 euros, mais de 1,3 millions d'euros. Ainsi 300 000 riches-évidemment-mais-pas-si-riches-finalement-quand-on-regarde-bien seront-ils exemptés de l'ISF, tandis que les vraiment-tellement-riches-que-là-c'est-vraiment-scandaleux perdront leur bouclier. Si la nouvelle vous a un peu échappé, a fortiori n'aviez vous aucune chance d'entrer dans les détails. Les détails, c'est donc que le gouvernement pense compenser le manque-à-gagner lié à l'allègement de l'ISF par un alourdissement des taxes sur les grosses successions, très bien, mais aussi par une bizarroïde "exit tax" sur les exilés fiscaux dont Le Figaro nous apprend qu'elle risque fort de ne pas être "bruxello-compatible". Dernier rideau de fumée, agité par Baroin: une virtuelle "prime d'au moins mille euros"  généreusement offerte aux salariés dont les entreprises font des bénéfices. Bref, le feuilleton du bricolage législatif et fiscal n'est pas terminé.

Il faut tout l'humour du Figaro, justement, pour écrire à propos de la suppression du bouclier la phrase suivante: "le président de la République a tranché". Quand on se souvient de l'âpreté avec laquelle, au fil des mois, Sarkozy a tenté de défendre, non seulement contre la gauche, mais aussi contre sa propre majorité, le fleuron de sa panoplie de président des riches (tout notre dossier est ici), quand on fait la liste des trésors d'intoxication déployés par le gouvernement pour justifier la mesure (ainsi, pour mémoire, l'invention du "bouclier allemand") on peut savourer ce "tranché" comme il le mérite. Oui, "le président de la République a tranché", de la même manière que Gbagbo a librement choisi de se rendre, ou Moubarak librement tranché en faveur de son placement quinze jours en cabane. Il "a tranché", autant qu'on peut trancher dans les décombres. De décision courageuse en arbitrage décisif, aucun doute qu'il arrivera en maillot de corps à l'élection de 2012. Ce qui, d'ailleurs, est peut-être la tenue la plus adaptée.

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