Bac, SNCF : une cohérence macronienne
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Bac, SNCF : une cohérence macronienne

Attention, rapport. Cette fois, ce pourrait bien n'être pas seulement un rapport de plus. Voici donc le rapport Spinetta, qui ouvre la voie, après le démantèlement de La Poste, qui a fait disparaître les postiers du paysage, à celui de la SNCF. Apparemment, c'est du lourd. Du "rapport bombing", comme disent Les Echos eux-mêmes.  Cette fois, le personnage qui a recueilli 21% des voix au premier tour de la présidentielle, et pour lequel une majorité d'électeurs a voté au second tour pour éviter l'extrême-droite, s'attaque sérieusement à la SNCF.

Je n'insiste pas sur les "pistes de réflexion" lancées par le rapport Spinetta, vous en trouverez le détail dans la presse, et on les connait depuis toujours : suppression progressive du statut des cheminots,  suppression des lignes secondaires non rentables, transformation des établissements publics en sociétés anonymes pour se mettre en conformité avec l'Europe, etc etc. Tout ceci, comme il se doit, habillé de cette novlangue sciences-po relayée avec délices par le système médiatique ("réinventer le modèle économique, muscler le business model", etc), que je n'ai même plus envie de décrypter. Je n'insiste pas davantage sur toutes les notions absentes du rapport Spinetta : absents, l'aménagement du territoire, le service public, ou la transition énergétique, ces vieilles lunes. Hors-sujet.

"zones de pertinence"


Tout de même, à propos de la novlangue macronienne, cette trouvaille, que distille Spinetta dans ses interviews : les TGV ne doivent pas aller au-delà de leur "zone de pertinence", à savoir deux ou trois heures de trajet. Mais comme le remarque Mediapart, qui a décidé que la "zone de pertinence" du train n'était que de deux ou trois heures ? Symétriquement, qui a décidé par avance que le contribuable refusait de payer pour maintenir un réseau acceptable de lignes secondaires en France ? On voit bien la "zone de pertinence" réservée au train, par la vision spinetto-macronienne : un strict enclos entre l'avion, pour les élites, et les cars Macron pour les ploucs : pauvre train !

Mais comment protester ? Avec quels mots ? Quels chiffres ? Une "zone de pertinence", c'est scientifique. C'est mathématique. C'est irrécusable. Tous les experts vous le répètent. Silence dans les wagons, on l'a calculée pour vous.

Qui va contester cette notion de "zone de pertinence" ? Qui va mettre en balance la "dette" de la SNCF, l'horrifique dette, avec, justement, les exigences de l'aménagement du territoire, ou du service public ? Dans l'immédiat, des économistes, pardi. Il en reste quelques uns. Mais, patience, ça ne va pas durer. On veille à tarir la source. Précisément, c'est une autre réforme qui est chargée de la besogne, la réforme du bac, présentée concomitamment, et qui vise, entre autres buts, à noyer la spécialité sciences-éco dans un océan de spécialités voisines, comme l'explique dans Alternatives Economiques le sociologue Stéphane Beaud. Rien à dire, tout ceci forme un ensemble cohérent.


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