Arnaud Beltrame, les sources oubliées
Le matinaute
Le matinaute
chronique

Arnaud Beltrame, les sources oubliées

Ayons une pensée pour Eugénie Bastié. Cette jeune cyber-polémiste du Figaro, fière escrimeuse de Twitter, voulait tailler en pièces Libération, en exploitant contre ce journal de gauchistes et de bobos l'acte d'héroïsme du lieutenant colonel Arnaud Beltrame -évidemment imprévisible quand Libé décida la veille de publier son enquête sur la prépa de Saint Cyr. Et c'est elle, qui se retrouve accusée par les siens, journalistes du Figaro, d'avoir sali l'image de son héros. Horreurs du malentendu. On dira pour sa défense : quand elle a publié son tweet -"Ne jugeons pas trop vite cet homme en héros, il a peut-être mis des mains aux fesses à Saint-Cyr"-, Arnaud Beltrame n'était encore que pris en otage dans un supermarché de l'Aude, les suites étaient aussi imprévisibles. Eh oui. On tweete, on tweete : la mort n'est pas dans le paysage.

Il faut tenter de se figurer cet instant où Bastié tweete plus vite que son ombre. Son admiration pour Arnaud Beltrame, sa préoccupation certaine pour le sort de l'officier désormais otage : tout s'évanouit devant la jubilation du bon mot, du coup bien placé. Tout écrivaillon public connait ces tentations fulgurantes, et moi le premier, aussi me garderai-je bien de faire le malin. Ayons une pensée pour cette fine lame, à qui son estocade revient en boomerang, et qui s'est sincèrement repentie, mais ne la plaignons pas trop. Elle s'en remettra. Il devrait y avoir des condamnations à des cures de silence. Combien ? Un jour ? Une semaine ? Au-delà, ce serait de l'acharnement.

Ce geste d'Arnaud Beltrame. Ce geste surgi d'on ne sait trop quelles sources oubliées, obscures et si claires. Ce geste qui, à notre immense honte, nous stupéfie. Ce geste qui nous force à rechercher au fond de nous les vieux mots poussiéreux de l'admiration pure. Et tout autour de ce geste, deux meutes : la meute des chacals, qui se déchirent pour récupérer, pour leur petite chapelle, un petit morceau du corps. Et en face, la meute des silencieux, vaguement gênés : avons-nous bien le droit d'admirer ce gendarme, patriote et catho ? Oui, vous avez le droit. Ne vous laissez pas intimider par les chacals. Arnaud Beltrame, comme Jeanne d'Arc, est à tout le monde.

Ironie de l'actualité, à croire qu'elle le fait exprès : le même jour, vendredi dernier, ce surgissement simultané des deux figures d'Arnaud Beltrame, et du doyen Pétel de Montpellier. Le même jour. Presque à la même heure. Au-delà des situations, qui n'ont pas grand chose à voir, je dirais bien quelle période très précise de l'Histoire de France m'évoque irrésistiblement ce duo antagoniste, mais il parait que Monsieur Godwin me l'interdit.

Beltrame
Partager cet article Commenter

 

Cet article est libre d’accès
En vous abonnant, vous contribuez
à une information sur les médias
indépendante et sans pub.

Déjà abonné.e ?

Lire aussi

Voir aussi

Ne pas manquer

Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.