Angolagate : un jugement dans l'entonnoir audiovisuel
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Angolagate : un jugement dans l'entonnoir audiovisuel

Une fois passée dans l'entonnoir de l'audiovisuel

, qu'est-ce qui subsiste d'une information à mille têtes, comme le jugement du procès de l'Angolagate ? Dans un événément considérable, comme le jugement d'une vaste affaire de trafic d'influence impliquant de nombreuses personnalités, l'information, ce sont d'abord les multiples condamnations, bien entendu. Mais aussi les attendus du jugement : pourquoi celui-ci est-il condamné, et celui-là relaxé ? Quelles sont exactement les subtilités du raisonnement des juges ? Et à propos, comment s'étaient déroulées les audiences ? Comment ces audiences expliquent-elles le jugement ?

Cela fait beaucoup. Et l'entonnoir est impitoyable. Les radios et les télés ont peu de temps. Il importe aussi d'évoquer les fulgurantes espérances de Villepin, et les aventures du grandébat sur l'identité nationale. Il faut donc choisir. Et l'on choisit. Une information et une seule, écrase toutes les autres : Pasqua est condamné à un an de prison ferme. France 2 hier soir, RTL ce matin : le plan media de l'ancien ministre lui a prévu des étapes sur tous les plateaux qui comptent. La condamnation de Pasqua écrase même l'arrestation, à l'audience, de l'intermédiaire Falcone. Quant aux autres, il faut s'accrocher : alors, Attali, Sulitzer, Jean-Christophe Mitterrand, condamnés, relaxés ? A l'intérieur même de l'information de la condamnation de Pasqua, l'audiovisuel zoome avec gourmandise sur la déchéance du visage familier. C'est la clameur du vieillard, demandant sans plus de précisions la levée du secret-défense dans toutes les affaires de ventes d'armes (le premier qui prononce le mot Karachi a perdu) qui l'emporte sur le rappel précis des faits qui lui sont reprochés. D'ailleurs, tiens, devinette aux matinautes : sans regarder la solution, que lui reproche-t-on exactement, à Pasqua ?


A qui souhaite simplement se remettre l'affaire en mémoire, pour apprécier les condamnations à la lumière des faits et des audiences, reste le Net. Et une fois de plus, les matinautes trouveront leur pâture dans l'excellent blog de la chroniqueuse judiciaire du Monde, Pascale Robert-Diard, qui non seulement cite, pour chaque condamné, des extraits des attendus, mais renvoie en lien à ses notes sur les audiences du procès (et en prime, vous pouvez ré-entendre l'auteure, sur notre plateau, raconter la genèse de ce blog). Parmi les nombreuses pépites du jugement, qui ne passeront pas dans l'entonnoir, découvrez par exemple la claque adressée par les juges au ministre Morin, qui avait cru bon de leur adresser une lettre de défense de Falcone. Sur ce sujet-là comme sur bien d'autres, le Net fait preuve de sa simple supériorité technique, sur les autres supports d'information.

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