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Un journal allemand critiqué pour une publicité pro-Erdogan

Par le - 19h10 - lu

Une pleine page de publicité à la gloire d'Erdogan. Un an après le putsch manqué en Turquie, le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung s'est attiré une vague de critiques samedi 15 juillet en publiant dans son édition papier une publicité visiblement en faveur du régime turc. Basé à Munich, le quotidien, qui a déjà publié plusieurs articles à l'occasion de l'anniversaire du putsch manqué contre le président Recep Tayyip Erdogan le 15 juillet 2016, est accusé de jouer double jeu.

Double jeu ou malheureux faux pas ? Le quotidien allemand basé à Munich Süddeutsche Zeitung (SZ) s'est fait critiquer samedi 15 juillet pour avoir publié dans son édition papier une publicité visiblement favorable au régime turc. Il s'agit d'une pleine page de pub au nom de l'Union des chambres et des bourses de Turquie, une organisation regroupant les chambres de commerce, d'industrie et les bourses turques. Et ce dans un numéro dont plusieurs articles fouillés étaient consacrés à la situation tendue en Turquie, un an après le coup d’État manqué contre le président Recep Tayyip Erdogan, dont un article appellant à voyager en Turquie pour ne pas pénaliser la population pour les actions d'Erdogan.

Pub SZ Turquie

Publicité parue dans le quotidien Süddeutsche Zeitung le 15 juillet 2017

La publicité, parue donc un an jour pour jour après la tentative de putsch, est signée par plusieurs organisations turques dont la Fondation du 15 juillet, composée d'opposants au putsch qui soutiennent le président, selon la SZ elle-même. Elle fait l'éloge de la "victoire de la démocratie sur le terrorisme". Le texte célèbre "le jour de la démocratie et de l'unité nationale de la Turquie" dans des termes clairement favorables au président. Ainsi, le mouvement Gülen, accusé par le pouvoir d'être derrière la tentative de coup d’État est qualifié d' "organisation terroriste criminelle connue" qui a "infiltré toutes les structures étatiques ces dernières décennies". Des multiples purges opérées dans les administrations et dans les médias depuis ce coup d’État avorté, il n'est pas fait mention.

Les medias concurrents ont sévèrement jugé l'opération. Sur Twitter, le rédacteur en chef de l'hebdomadaire Der Spiegel, Klaus Brinkbäumer, et la rédactrice en chef papier du tabloïd Bild (qui s'est fait remarquer récemment en se transformant en avis de recherche contre les manifestants du G20 de Hambourg), Tanit Koch ont fait savoir que leurs journaux respectifs avaient refusé de publier cette publicité. "Jusqu'où peuvent aller les publicités politiques? Celle-là allait trop loin pour Der Spiegel", a commenté Brinkbäumer, approuvé par un "pas que pour vous" de Koch.

Tweet Spiegel/Bild

Capture d'écran Twitter de Tanit Koch répondant à Klaus Brinkbäumer, 15 juillet 2017

"Nous publions toutes les publicités tant qu'elles ne transgressent pas la loi"

Cette page de pub a été d'autant plus remarquée que la SZ a largement critiqué ces derniers mois la politique du gouvernement truc, notamment les nombreuses arrestations de journalistes (que nous avons nous-mêmes évoquées plusieurs fois). Le quotidien basé à Munich, dont un des journalistes dénonce dans l'édition du 15 juillet la "descente tout schuss vers la dictature" d'Erdogan, avait également signé et publié le 28 février dernier un appel à la libération du journaliste germano-turc Deniz Yücel, emprisonné depuis maintenant presque quatre mois.

La dichotomie entre contenu publicitaire et contenu rédactionnel est en tout cas assumée par le directeur général des éditions Süddeutscher Verlag (qui publie le quotidien SZ), Stefan Hilscher. Auprès du site du magazine Horizont, spécialisé dans le marketing et la pub, il a déclaré dimanche 16 juillet : "Nous publions toutes les publicités tant que l'expéditeur ou le contenu ne transgressent ni l'esprit de la Constitution ni un autre droit ou une autre loi". Il défend le choix de publier cette publicité : "Vous voulez savoir ce que la maison d'édition pense du contenu, et si elle le considère comme ne posant aucune difficulté. Cela n'a pas été déterminant dans la décision de publier ou non cette publicité", conclut-il.

Pour rappel, les relations entre l'Allemagne et la Turquie ont connu un regain de tension ces derniers mois. A l'arrestation de Yücel s'est ajoutée l'interdiction en Allemagne de plusieurs meetings tenus par des ministres turcs en faveur du référendum présidentiel d'avril dernier. Plus récemment, plusieurs médias ont soupçonné la Turquie d'avoir fait pression sur le gouvernement allemand pour interdire l'accès au G20 de Hambourg à des journalistes arrêtés par les forces de l'ordre turques - des soupçons que le gouvernement allemand a cependant plusieurs fois fermement démentis.


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