Wikileaks : le New York Times accable Assange
Brève

Wikileaks : le New York Times accable Assange

Le New York Times publie un livre numérique reprenant ses articles sur les documents militaires et diplomatiques américains diffusés par Wikileaks. Dans la préface, Bill Keller, le patron de la rédaction du journal explique comment et pourquoi il a été amené à publier ces documents.

Keller raconte avoir envoyé à Londres, Eric Schmitt, un journaliste chargé des questions militaires au NY Times, après avoir été contacté, six mois avant la publication, par Alan Rusbridger, le rédacteur en chef du Guardian.

A propos d'Assange, Keller dit : "Comme si cela n'était pas assez compliqué, le projet venait d'une source qui était insaisissable, qui essayait de manipuler tout en étant instable (et, finalement, ouvertement hostile envers le NY Times et le Guardian) ... Nous avons considéré tout au long de ce processus Assange comme une source, non pas comme un partenaire ou un collaborateur, c'était un homme qui avait clairement son propre ordre du jour."

Puis il évoque le regard des journalistes de plusieurs pays qui ont travaillé avec Assange: ils "ont fini par considérer Assange comme intelligent et bien élevé, très habile technologiquement mais arrogant, susceptible, croyant à une conspiration et curieusement crédule."

"Assange méprisait ouvertement le gouvernement américain et était certain qu'il était traqué. (...) Schmitt m'a dit que que la grandiloquence et ses théories sur des complots obscurs, lui donnaient un air de Peter Pan."

Dans le magazine publié avec son édition dominicale qui paraîtra dimanche 30 janvier, le NY Times publie, sur plusieurs pages, de longs extraits de la préface du livre rédigée par Keller. Exemples.

"Assange nous a imposé une seule condition, nous ne pouvions publier nos articles avant la date fixée pour la mise en ligne sur le site de Wikileaks ouvert à tous." Keller ajoute que l'équipe du NY Times qui a travaillé aux USA avec les documents fournis par Assange "changeait d'adresse e-mail et de téléphone mobile régulièrement", mais qu'elle utilisait Skype pour échanger des informations pensant qu'il était moins surveillé.

"Après avoir consulté nos avocats, nous étions confiants que les articles sur les documents secrets pouvaient être publiés en respectant la loi, mais nous avons envisagé que notre gouvernement - ou un autre - puisse faire obstacle à notre travail "

Keller évoque des tensions avec Assange, notamment "parce que nous avons refusé de faire un lien dans notre dossier sur ces documents diplomatiques vers le site Wikileaks, une décision que nous avons pris parce que nous craignions - à juste titre, comme on l'a vu - que le site laisserait les noms des informateurs afghans de base et en ferait des cibles des talibans."

picto Illustration Eric Yanker dans le New York Times

"En octobre 2010, Assange a donné au Guardian 250 000 communications entre le Département d'État des États-Uniset de ses ambassades dans le monde entier. Cette fois, Assange imposé une nouvelle condition: The Guardian ne devait pas partager ce matériel avec The New York Times. (...) Le 1 novembre, Assange et deux de ses avocats ont débarqué dans le bureau de Alan Rusbridger, furieux que le Guardian revendique son indépendance et suspectant que le NY Times soit aussi en possession de ces câbles diplomatiques.Au cours d'une réunion de huit heures, Assange s'est plusieurs fois énervé contre le NY Times alors que les journalistes du Guardian ont essayé de le calmer. Finalement le rédacteur en chef du Guardian et Georg Mascolo, rédacteur en chef de Der Spiegel, lui ont dit qu'ils avaient l'intention de poursuivre leur collaboration avec le NY Times; que c'était à prendre ou à laisser. Étant donné que nous avions déjà tous les documents, Assange n'avait pas le choix."

Keller révèle qu'avant la publication qui aura lieu le 28 novembre 2010 "Dean Baquet, chef du bureau de Washington, a averti la Maison Blanche de cette publication le 19 novembre. Le mardi suivant, deux jours avant la fête Thanksgiving, Baquet et deux collègues ont été invités dans une pièce sans fenêtre au département d'État, où ils ont rencontré un groupe aux visages fermés. Des représentants de la Maison Blanche, du Département d'Etat, de la CIA, de la Defense Intelligence Agency, du FBI et du Pentagone réunis autour d'une table de conférence." Mais il ajoute que "la Maison Blanche, tout en condamnant fermement la publication des documents WikiLeaks n'a rien tenté pour stopper leur publication".






Illustration Jenny Morgan dans le New York Times

Keller ajoute, en faisant référence à l'auteur suédois de la trilogie Millenium : "Si Assange n'était pas un personnage digne d'un roman de Stieg Larsson, et si WikiLeaks n'affichait pas une telle antipathie envers les Etats-Unis, la réaction à ces fuites n'aurait pas été si violente. Et il y aurait plus d'Américains opposés aux menace de représailles contre lui."


Wikileaks a réagi sur son compte Twitter à cette publication du quotidien américain "Le NY Times répand une nouvelle calomnie pour se mettre en avant. Du début à la fin, les faits sont faux. Triste journée pour le journalisme américain"

Un nouvel élément pour notre dossier Wikileaks, le trouble-fuites

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