Sur Cahuzac, Plenel, les "preuves", et la surpuissance
Brève

Sur Cahuzac, Plenel, les "preuves", et la surpuissance

Les chiffres ont parlé, la cause est entendue.

Si "sur l'échelle de -2 à +4", la "puissance de l'indice se situe à +2", c'est à dire s'il est quasi-certain que Jérôme Cahuzac est bien "le locuteur inconnu" de la conversation téléphonique dévoilée par Mediapart (quasi-certain, mais pas aussi certain que si c'était tout à fait certain, notez-le bien), alors plus question d'ergoter. C'est le tampon qui manquait. Et toute la classe politique, unanime, de saluer la dignité, l'honneur, la sagesse, du ministre démissionnaire. Providentiels résultats ! On attend les appels à toute la rigueur de la Justice, que ne vont pas manquer d'émettre L'Obs et le JDD, qui s'étaient tous deux mouillés dans une rocambolesque tentative de blanchiment de l'ex-ministre.

Sans vouloir offenser les experts policiers ès-reconnaissance vocale, et même sans le secours d'équations compliquées, il semblait tout de même hautement certain depuis le début que c'était bien Cahuzac qui parlait au téléphone -et ses démentis alambiqués renforçaient cette conviction. Cela entraine-t-il automatiquement qu'il ait un compte en Suisse ? Non. On peut plaisanter au téléphone. On peut fanfaronner au téléphone. Bref, l'enquête reste à faire, et ça tombe bien, puisqu'un juge va être nommé. On s'étonne même qu'un défenseur aussi sourcilleux que Jean-Michel Aphatie de la présomption d'innocence (allons, réécoutez-le pour le plaisir) ait, dès hier après-midi, appelé à la démission de Cahuzac. Mais non, Jean-Michel ! L'expertise en reconnaissance vocale n'est pas formelle. En elle-même, elle ne prouve rien. C'est maintenant, que le courage exigerait d'exiger "des preuves" !

Cette confirmation judiciaire du sérieux de l'enquête de Mediapart est, au total, une "preuve" supplémentaire de la nécessité d'une information indépendante, structurellement indépendante des annonceurs, des subventionneurs d'Etat, et des officines de com'. Attention pourtant à ne pas pousser l'avantage. Depuis hier soir (et encore ce matin sur Europe 1) le fondateur de Mediapart, Edwy Plenel, déplore sur toutes les antennes que Cahuzac n'ait pas démissionné dès les premières révélations du site, en décembre dernier. Cette appréciation de nos amis et partenaires (savez-vous que vous pouvez vous abonner conjointement à nos deux sites ?) me semble malfondée, et même dangereuse. Un media n'a pas à dicter son comportement à une personnalité qu'il met en cause. Le rôle de Mediapart (que le site a magistralement rempli) est de faire des enquêtes. Aux mis en cause, ensuite, de gérer leur défense comme ils le peuvent, comme ils le veulent, d'où ils le veulent. Que l'investigateur et l'investigué restent chacun à leur place, et la démocratie sera bien gardée. Attention aux tentations de la surpuissance.

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